 6 700 mètres, c'est un exploit ; même si les 8 846 mètres de l'Everest n'ont pas été atteints. Françoise Pourcher se souvient de cette expédition, organisée par une association sportive médicale au profit des enfants autistes. Elle ouvre pour nous son carnet de voyage.
Avenirs de femmes n°5 / 1997
Le pari est de taille : tenter une voie qu'aucun Français n'avait alors réussie, la voie nord, côté Tibet. L'expédition compte 15 personnes dont Françoise, Sandrine - une amie - (toutes deux ont dépassé la quarantaine), ainsi que Lise (la fille de Françoise), qui est asthmatique. Il a fallu un an pour se préparer, avec pour tous - hommes et femmes - quelque 80 km de jogging par semaine.
De Katmandou...
La ville est sale et n'a plus rien du paradis hippie des années 70. Nous faisons du tourisme alors que le responsable technique part, avec les sherpas, installer les premiers camps de base où ils retrouveront les yacks, "moyen de transport" le plus adapté pour acheminer matériel et vivres. Nous retrouvons Catherine Destivelle qui prépare l'ascension d'un autre sommet, le Xixapangma.
... à la marche d'approche
Quelques jours à Lhassa (capitale du Tibet) pour s'adapter à l'altitude : la ville est à 3 600 mètres. Nous en profitons pour visiter le fameux palais du Potala, résidence des dalaï-lamas jusqu'à l'invasion chinoise de 1951.
Restent 800 kilomètres en 4x4 sur le haut plateau tibétain pour rejoindre le départ du trekking, à 4 000 mètres. Nous faisons halte à Shigatze. Les "momos" à la viande du restaurant ne nous inspirant pas, nous achetons des fromages de chèvre dégustés sous l'œil hilare des enfants : ce sont des savons... Arrivés à Gondaphu, une femme nous offre - suprême délice pour les tibétains - du thé salé au beurre de yack rance. J'apprends qu'elle a trois maris...
Enfin le vrai départ
Dix jours après notre arrivée, nous commençons la marche vers le camp de base n° 1, à 5 200 mètres. La montée est progressive. Il faut éviter le fameux "mal des montagnes" (œdème du cerveau responsable de maux de tête, vertiges...), qui peut survenir à tout moment, même chez les plus entraînés...
Lise doit repartir avec les trekkers ; elle a réussi à atteindre le glacier de Rongbuk à 5 350 mètres, probablement le record du monde d'altitude pour une asthmatique. Je reste avec quatre autres "grimpeurs" plus les sherpas et cuisiniers.
L'ascension
Sur la moraine centrale du glacier, en direction du prochain campement, nous découvrons un paysage extraordinaire entre sommets et "pénitents", énormes pains de sucre de neige formés par le vent. Mais j'ai l'impression de passer les huit heures les plus éprouvantes de ma vie...
LE GÉANT EVEREST
Les tibétains l'appellent Chomolungma, "la déesse mère des neiges" ; pour les népalais, c'est le Sagarmantha ou "tête du ciel".
L'Everest - du nom du géophysicien anglais qui le découvrit - est le plus haut sommet du monde (8 846 mètres).
C'est le point culminant de l'Himalaya, chaîne de montagnes qui sépare la région chinoise du Tibet de l'état du Népal. |
6 440 mètres : camp de base avancé
L'installation de notre PC pour un mois est des plus sommaire, mais il y a des "commodités" en pierre avec vue superbe sur le sommet !
La première nuit, nous avons - 13° C sous la tente (les duvets sont prévus pour - 70° C). Les gestes les plus simples, comme se laver les dents, deviennent épuisants. Je décide de rester au camp pendant que les autres iront équiper le mur de glace du col nord, à plus de 7 000 mètres.
Arête nord, la plus grande difficulté
Départ pour se familiariser avec le col. La montée - pratiquement verticale - ne peut se faire qu'avec une corde fixe où nous accrochons nos harnais. Je "craque" à 6 700 mètres. Sandrine continue jusqu'au bout et reviendra ravie de son exploit.
Je souffre de plus en plus d'insomnies et violents maux de tête ; les médecins de l'expédition décident de me mettre sous oxygène. Au réveil, c'est à mon mari d'être au plus mal : une sacrée tourista. Nous réalisons que le cuisinier a servi une chèvre dont la carcasse trônait dans la tente cuisine... depuis l'arrivée au camp, avec des écarts de température de - 15° C à + 25° C. Impossible de continuer. Le mauvais temps s'installant, nous devons renoncer. L'aventure s'achève pour nous.
La neige et les avalanches obligeront le reste de l'équipe et les sherpas - qui ont équipé la montagne jusqu'à 8 100 mètres -, à capituler après six semaines d'efforts. Le sommet n'aura pas été atteint. |