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Petite histoire de la contraception : On a tout essayé !

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Écrit par Carène Verdon (journaliste)
La contraception semble avoir existé de tout temps, bien que lois et contraintes sociales n'aient pas favorisé cette pratique. Les techniques utilisées étaient souvent hasardeuses et davantage liées aux croyances, à la magie, qu'en rapport direct avec la physiologie ; d'où des échecs plutôt courants... Les connaissances scientifiques ont fini par évoluer et ont permis d'élaborer une contraception fiable dès… le XXe siècle !
Avenirs de femmes n°15 / 2005

Méthodes barbares et magie...


histoire contraception, preservatifs



Chez les Mésopotamiens (1600 av. Jésus Christ), les femmes utilisent des "pierres pour ne pas concevoir" : elles choisissent des pierres ovales ou arrondies qu'elles introduisent dans le vagin, le plus loin possible. Autre alternative, conseillée aux prêtresses, la sodomie.
A la même époque, certains auteurs affirment que Ramsès II faisait distribuer des contraceptifs pour limiter le risque de surpopulation menant à la famine. Le papyrus d'Eber (1500 av. J.C.) donne plusieurs recettes contraceptives. Les excréments de crocodile, le miel et le natron (carbonate de soude naturel), mélangés à de la gomme arabique (gomme provenant de divers acacias d'Arabie) ou à des fleurs d'acacia fermentées, s'utilisent en application vaginale. Il est également recommandé d'enduire le sexe du partenaire masculin d'une pommade d'acacia pilé avec du miel. Bien entendu, la magie avait également sa place dans le domaine de la contraception.
De leur côté, les Araméennes de confession hébraïque utilisent, sur les conseils du rabbin (IIe siècle ap. J.C.), le "moukh", éponge placée dans le vagin qui empêchait le sperme d'atteindre l'utérus.
Pour les médecins gréco-romains (Ve siècle av. J.C.), la période de fécondité de la femme suit les règles. Ils préconisent donc la continence à ce moment-là.
Selon certains, le préservatif est utilisé dès l'Antiquité. Mais les gens du peuple pratiquent plutôt le coït interrompu. Après le rapport sexuel, les femmes peuvent aussi se laver cuisses et pubis à l'eau froide ou éponger leur vagin. Mais les Grecs s'adonnent également à la sodomie dans les rapports hétérosexuels en guise de contraception. D'autant que les méthodes les plus sophistiquées reviennent à l'élite en raison des connaissances et des moyens nécessaires. Des tampons vaginaux en laine ou en papier s'utilisent imbibés d'huile, d'encens, de miel et de pulpe de grenade. Il est également recommandé à la femme de retenir son souffle après l'éjaculation afin de fermer sa cavité utérine, de se lever et d'éternuer, puis de se laver la vulve avec soin.
La magie intervient comme ultime solution si toutes ces méthodes échouent. D'où l'utilisation d'amulettes, de talismans - comme l'écorce de peuplier blanc ou les racines d'asperge - ou encore de potions à base de mulets et d'urine d'eunuques rendant stérile. Si une femme ne veut plus concevoir, on lui conseille d'enjamber les menstrues d'une autre femme ou de s'en oindre le corps…
D'autres techniques aussi farfelues ont été recommandées par Galien, anatomiste et thérapeute (131-201 ap. J.C.). Par exemple, il conseille aux femmes ne désirant pas concevoir de porter en leur sein, et liés par une peau d'oie, les testicules d'une belette, qui doit repartir vivante après ablation !

Le Moyen-Age, règne du mystique et du farfelu

De nouvelles recettes contraceptives apparaissent du XIe au XVe siècle. C'est ainsi qu'enflammer un trognon de chou et l'éteindre dans le sang menstruel est réputé pour ses propriétés contraceptives. Autre technique: porter des pessaires au cou ou attachés à la cuisse. Le règne animal offre de grandes ressources. Pour ne pas concevoir durant une année, il suffit aux femmes de cracher trois fois dans la bouche d'une grenouille. Elles peuvent également lier l'oeil d'un cerf qui louche à une racine de marjolaine et l'arroser, le soir, de l'urine d'un taureau roux. L'utilisation du mulet, stérile par nature, est également de bon augure pour éviter les grossesses. Il suffit de faire une ceinture avec le poil de ses oreilles, des fumigations avec ses sabots, des talismans avec ses oreilles ou ses testicules, des plats avec son cérumen ou des boissons avec son urine. De même, la fiente d'éléphant mélangée au lait de jument et portée en talisman se place dans la vulve.
Des moyens plus mystiques permettent, selon les croyances de l'époque, d'aboutir aux mêmes résultats. Se laver dans la fontaine de Saint-Martial (Limousin) tout en l'invoquant permet d'obtenir la stérilité. Même résultat pour ceux qui boivent l'eau de la fontaine de Sainte-Estelle dans le Poitou ou ceux qui puisent, avec leur main, de l'eau de source de Notre-Dame-de-Cléry (Sologne), le genou droit à terre.

Des pratiques réprouvées par la morale


Les ressources contraceptives semblent multiples, mais de la plus grande inefficacité. D'autres pratiques doivent pallier les manquements de celles citées ci-dessus. L'allaitement tardif, réputé dès le Haut Moyen-Age, permet, selon les scientifiques de l'époque, d'espacer les grossesses. Des moyens plus mécaniques - et certainement plus efficaces - étaient également utilisés : coït interrompu avec ou sans éjaculation, masturbation réciproque, sodomie ou fellation. Mais les confesseurs s'indignent contre ces pratiques et les médecins jugent le coït interrompu sans éjaculation dangereux pour la santé des hommes, arguant qu'il est nécessaire d'expulser le sperme en dépit de quoi les testicules risquent la destruction. Les femmes peuvent aussi, en-dehors de courir, sauter et descendre les escaliers, retenir leur urine entre les lèvres de leur vulve et l'aspirer vers leur paroi vaginale pour diluer le sperme s'y trouvant. Pas évident…
Les femmes se servent également de diverses éponges et de tampons d'ouate, imbibés de substances acides ou de produits astringents, comme l'alun. Néanmoins, il arrive que les médecins préfèrent prescrire des techniques comme la suspension, au bras de la femme, du cœur arraché à une souris vivante ou encore celle de la vulve d'une lionne, plus difficile à se procurer… Pour réduire la fécondité des hommes, il est recommandé
de mettre des lames de plomb sur leurs reins, de porter de la primprenelle ou d'enduire leurs testicules d'un emplâtre de jusquiame noir mélangé à du camphre, entre autres.
Parallèlement, les femmes très aisées s'offrent une balle d'or et de cuivre de 60 grammes à introduire dans le vagin. En somme, l'ancêtre du diaphragme.

Renaissance : Fallopio invente le préservatif

Durant la Renaissance, les femmes posent sous elles, en position allongée ou assise, le nombre de doigts correspondant au nombre d'années durant lesquelles elles ne souhaitent pas concevoir. Elles ont également pour habitude d'oindre un sureau de leurs règles en récitant une formule : «porta tu pro me, ego floream pro te». Il s'agissait de faire porter les fruits - métaphore des enfants - au sureau, les femmes fleurissant pour lui par l'intermédiaire de leurs menstruations. Si le sureau manque, les femmes donnent leurs menstrues à manger à un chien, à un porcelet ou à un poisson. L'important reste de se débarrasser de ses menstrues! D'autres croyances proposent aux femmes de boire de la sauge cuite pendant trois jours afin dene pas concevoir durant un an. Si la femme mange une abeille, elle sera stérile. Boire l'urine d'homme empêche également la conception.
La Renaissance marque tout de même l'invention d'un moyen plus efficace que ce genre de comportement : le préservatif. Cette découverte reviendrait à Gabriel Fallopio, médecin italien (1523-1562), inventeur d'un petit fourreau de lin imprégné d'une décoction d'herbes astringentes. L'objet devant servir plusieurs fois, il est conseillé de le garder soigneusement dans le gousset du haut de chausses. Gabriel Fallopio baptise l'objet "condom", du verbe latin condere signifiant cacher, protéger.

Les filles de joie utilisent le 1er spermicide

Dans les mentalités, la contraception reste iée à la prostitution et la sorcellerie. Pourtant, les filles de joie utilisent un moyen plus efficace que ceux énumérés précédemment: un tampon vaginal enduit d'eau de seconde. Ce produit spermicide, également appelé eau bleue ou eau des savonniers, est une lessive de potasse ou de soude utilisée par les femmes jusqu'au milieu du XXe siècle. La preuve scientifique de son efficacité n'est apportée qu'en 1776 par Spallanzani, qui découvre que les spermatozoïdes deviennent inactifs lors de la diminution du pH du sperme par addition de vinaigre. Bien évidemment, le coït interrompu est toujours d'actualité et le restera jusqu'à nos jours. Mme de Sévigné cite les astringents ou restringents qui provoquent un resserrement du col de l'utérus, évitant les grossesses. Néanmoins, ce sont plus les ulcérations, infections et lésions provoquées par leur utilisation qui sont à l'origine de la contraception en provoquant une occlusion temporaire ou définitive du col de l'utérus. D'autres techniques consistent à ingurgiter des doses importantes de café ou de chocolat. L'introduction dans le vagin de menthe, de safran ou de morceau de liège gros comme un oeuf constituent aussi des pratiques courantes.

Condom, diaphragme et autres stérilets...

Fort heureusement, l'usage du condom se répand dès le XVIIIe siècle. En vente libre en Angleterre, les voyageurs le ramènent en France où il tombe sous le coup de la loi en raison de son immoralité. Il faut attendre 1882 pour qu'une définition précise du diaphragme moderne soit formulée par le docteur C. Hasse (Flensburg, Allemagne), qui la signe d'un pseudonyme - Mesinga-,craignant pour sa réputation. Trois ans plus tard, le pharmacien anglais Walter Rendell conçoit le premier ovule contraceptif à base de beurre de cacao et de quinine. Cette découverte scientifique permet à des entreprises de produire des gelées et des poudres acides pour immobiliser et détruire les spermatozoïdes.
A cette période, les femmes recourent de plus en plus à la prévention des naissances. Méthode plébiscitée en France : le retrait. Mais une éponge humide reliée à un ruban et placée dans le vagin permet d'absorber la semence. Suivie d'une douche vaginale, elle représente la meilleure contraception dans les mentalités. Concernant les diaphragmes et les pessaires, leur efficacité reste corrélée à la pratique de ces fameuses douches vaginales. Le début du XXe siècle voit apparaître les ancêtres des stérilets, appelés "stérilettes". Ces petits ressorts en forme de Y ou de V possèdent un bouton intérieur qui se situe dans l'orifice cervical, à l'origine de nombreuses infections. Les premiers stérilets apparaissent dès 1920, sous forme d'anneaux de soie chirurgicale, pour ensuite être en fer. En 1935, la mise au point du latex liquide offre aux préservatifs une plus grande élasticité, une meilleure conservation et un plus grand confort.

De la douche au Coca-Cola aux premiers contraceptifs oraux

Pour autant, des méthodes encore aléatoires de contraception sont mises au point. Le docteur suisse Marthe Voegeli expérimente un bain à 47° limité aux testicules afin d'augmenter leur température d'un seul degré, provoquant ainsi une stérilité temporaire de six mois. La méthode Ogino, permettant de déterminer la période de fécondité de la femme, voit le jour en 1932. Mais son taux d'échec atteint les 40%. L'année 1950 est marquée par la découverte des "agents de surface", spermicides faisant éclater les têtes des spermatozoïdes, réelle avancée dans le domaine de la contraception. Dix ans plus tard, un gynécorégulateur, sorte de champignon destiné à boucher le col de l'utérus avec une rondelle en plastique, est mis sur le marché. Nouvelle évolution en 1962 : le stérilet est en plastique. Néanmoins, la douche vaginale au Coca-Cola continue à avoir un franc succès auprès des jeunes Américaines et il faut attendre l'avènement de la pilule pour que cette pratique disparaisse Outre-Atlantique. Cette contraception orale est testée à Porto Rico en 1954. Les essais cliniques étant concluants, la commercialisation de la pilule, contraception hormonale orale, a lieu dès 1960 sur le marché américain.

Pour en savoir plus
• Nathalie Guiol.
Les tribulations du vase sacré : une histoire de la contraception et de l'avortement vue du côté des femmes.
Mouvement français pour le planning familial, 1999.

• Guy Gaborian, Gilles Kervella.
Outils de la santé et médecine d'autrefois.
Editions de la Reinette, 2003 (www.editionsreinette.com)

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