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La femme dans l'art : de l'idéal au réalisme

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Écrit par Albane Salleron (historienne d'art)

femme, art, representation La représentation artistique de la femme dépend beaucoup de l'esthétique de l'époque, de la mode. Mais surtout, les œuvres sont produites par des hommes et pour des hommes... La femme est idéalisée ; jeune, elle incarne la beauté, plus âgée, elle incarne la sagesse.

Avenirs de femmes n°7 / 1999

Jusqu'à une date très récente l'image féminine fut, sauf à de rares exceptions, produite par des hommes et répondait à une demande masculine. Les représentations artistiques dépendaient bien sûr de l'esthétique générale de l'époque, et l'allure était en relation avec la morale publique du moment, avec les rôles assignés aux épouses et aux filles. Pendant longtemps, la femme n'est représentée que dans des scènes religieuses idéalisées et dans des portraits de cour ou de familles aisées.

Un contrepoids des valeurs masculines

Dans les représentations de la femme véhiculées à travers les âges, on constate que l'homme ne peut se priver d'elle, mais elle doit lui être soumise pour que rien n'attente à sa supériorité. Par sa faiblesse, elle introduit auprès de lui un contrepoids de ses valeurs proprement masculines.
L'image de la femme, devenant support de langage, serait le moyen privilégié d'évoquer une ample série de dispositions mentales historiquement et socialement interdites à l'homme (le désespoir, la tendresse, la fatigue, la pudeur…) exprimant ainsi ce qu'il refoule en contournant cette censure.

D'abord la mère...puis la conseillère

Au cœur des consciences masculines, la femme est d'abord la Mère, la fontaine de vie, le recours, celle par qui la dynastie s'enracine.
Les vertus, prudence, justice, force et tempérance, sont toujours incarnées par des figures féminines. Et sous les traits de l'amante, la femme aide l'homme à passer à l'acte, à se surpasser. Mais ces sociétés patriarcales concèdent volontiers aux femmes d'âge mûr un certain pouvoir. Elles sont alors veuves ou libérées de ce que la féminité a de "terrifiant" Elles ne sont plus l'incarnation de pouvoirs occultes, envoûtants et séducteurs, mais deviennent des conseillères sages, écoutées, aidant à gérer des patrimoines, veillant à l'éducation, à la transmission des vertus domestiques. Elles détiennent un certain pouvoir sur les fils. On attend d'elles guérison, abondance, médiation. La femme d'âge mûr est alors représentée dans sa dignité, majestueuse, inébranlable, forte de ce dont elle a fait preuve en son temps. La régente s'impose alors au respect des peuples, déesse-mère, gardienne de la cité.

Antiquité : le nu

Si, dans les arts plastiques, le nu féminin s'étalait partout sous l'empire romain, celui-ci privilégie l'idéal de la femme qui engendre ou qui, ayant engendré, continue d'éduquer, repoussant ainsi la folle amante, pour construire la société.

Moyen âge: sous le regard des moines

Quand s'effondre la culture antique, la représentation du nu est refoulée par la progression d'un christianisme entièrement dominé par les moines. La virginité est valeur suprême: la femme évoque alors la fornication, l'incarnation du mal absolu. Pouvant être épouse et vierge, vierge et mère, épouse et mère, son nouveau devoir est l'union des contraires qui prime sur la procréation. La femme est tournée vers l'autre et fait basculer l'humanité en la détournant de la destruction pour l'amener à la construction.

Renaissance: elle devient "modèle"


Jusqu'au XVIe siècle, la femme reste le symbole de l'irrationnel et c'est à travers elle que la Renaissance est créatrice d'un monde à mesure humaine. À partir de cette époque, le nu devient un genre pictural au même titre que la nature morte ou le paysage. Ce thème envahit l'art noble, la peinture d'histoire.

XVIIIe siècle: élégante, cultivée... mais soumise

Dans sa représentation, le XVIIIe siècle concède à la femme le jeu de l'élégance (Watteau), le zeste d'esprit dans la conversation de salon (Fragonard), la bonne tenue du ménage et de l'éducation (Chardin). Elle reste l'associée indispensable maintenue en position subalterne et soumise.
Art et beauté: une tyrannie ?

Traditionnellement, la beauté est incarnée par la femme mais la contrainte de ces normes est une tyrannie pour elle.
Dans les magazines, malgré une grande libération de la représentation féminine, on peut observer la permanence d'un regard machiste. Si l'image de la femme incarne de plus en plus un croisement entre réalisme et beauté, ce constat permettra de découvrir une palette beaucoup large de sa représentation à travers les différents âges de la vie. Le regard que nous renvoie la femme moderne n'est pas facilement épuisé, l'artiste s'en fait le démiurge qui n'en finit pas de la recréer.

XIXe et XXe siècles: le réalisme

Avec l'arrivée de la photographie et du mouvement impressionniste, on sort de l'idéalisation; le regard sur le monde et sur la femme est plus réaliste.
L'image de la femme aux XIXe et XXe siècles séduit, on est à l'âge de l'observation, on vérifie par l'œil, on désire voir, on voit donc le désir, le regard actif est fécond. Apparaissent les grands thèmes de la féminité moderne ainsi que les marginalités féminines.
On se confronte par exemple à des femmes homosexuelles, à des vécus autrefois invisibles à la société. L'image moderne se veut réaliste et les modèles qui régentaient les arts et donnaient en partage la création artistique aux hommes et la procréation aux femmes se transforment.
Les arts visuels ouvrent la voie de l'abandon des entraves religieuses ou morales, et rivalisent d'adulation pour le corps féminin. Beaucoup d'artistes, comme Dali, se consacrent durablement aux images multiples d'une seule femme et les représentent à tout âge.
 

 

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