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Kiosque : Autour du goût ou comment goûter la vie par tous les sens et à tout âge

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Date de publication  23-11-2006
 Avenirs de femmes n°11 / 2002

Le maître du goût

Léa Singer
Editions Grasset

Un homme de goût

Alexandre Grimod de la Reynière vient au monde dans le Paris du siècle des lumières, fils d'un fermier général, donc une petite cuillère d'argent dans la bouche. Mais, horreur, il n'a que des moignons à la place des mains. Sa mère, peu maternelle, s'en détourne aussitôt et son père, lâche et cupide, s'enferme dans sa bibliothèque. Alexandre grandit avec des bonnes. La cuisine devient son lieu de prédilection. Et comme sa mère tient salon, c'est la mode, il rencontrera des actrices de théâtre. Cuisine et théâtre resteront ses passions sa vie durant, avec les femmes. Sa jeunesse se passera à tenter de surmonter son handicap, qu'il cache sous des gants blancs. Comme il est beau et intelligent, il s'en sort pas trop mal et il apprend vite à se servir de son esprit, de son nez et de sa langue pour compenser le manque du toucher. Après des études à Louis le Grand et un diplôme d'avocat, ses parents s'en débarrassent en l'envoyant faire un tour de France, accompagné d'un horrible précepteur. Avocat, critique de théâtre à la langue acerbe, et riche : il devient vite objet de scandale, organise des manifestations suspectes, et fait de la prison (les fameuses lettres de cachet), comme certains des esprits forts parmi ceux qu'il aime fréquenter : Rétif de la Bretonne, Malsherbes, Beaumarchais, et même le vieux Voltaire, qui le reçoit à Ferney. Sa mère prend amant sur amant, son père engraisse, le peuple commence à se révolter contre les abus de l'aristocratie. Les beaux esprits se réunissent dans des cafés, en particulier le Procope : le café, nouvelle vedette, avive les critiques. Alexandre se fera beaucoup d'ennemis, réussira à se faire interdire de barreau, exiler encore. Ce faisant, il affine son goût pour la cuisine régionale, met à l'honneur choucroute et pommes de terre autant que les langoustes et les rôtis. Il s'installe à Lyon avec une actrice et ouvre une épicerie fine, qui tombera en quenouille quand éclate la Révolution à Paris. Mais il restera en marge de ces événements sanglants, sauf à perdre quelques amis sous la guillotine. Son père est mort avant d'être condamné, sa mère survit dans un palais dévasté, et réussit encore à dépouiller son fils. C'est alors qu'il devient critique gastronomique et publie l'Almanach des gourmets, avant-goût du guide Michelin. Il meurt retiré à la campagne, dans la soixantaine sereine. Cette biographie romancée rend son héros plus attachant que sympathique, mais Léa Singer donne à voir une société pré-révolutionnaire avide de plaisirs, cruelle et féconde.

La tarte aux petits riens

Olga Manguin,
Nil Editions

Nostalgie ala carbonara
Olga Manguin, née Agostini, est le fruit d'une émigration réussie et pleinement accomplie. Son livre de souvenirs retrace l'histoire de sa famille, issue d'un village près de Ravenne. Sa grand-mère est placée comme bonne en ville. " La nourriture était rare, l'avenir obscur ". Sa mère naît au tournant du siècle et, à peine l'accouchement terminé, la grand-mère repart, cette fois-ci comme nourrice ; les nourrices italiennes, propres et travailleuses, étaient une denrée recherchée. Elle arrive à Marseille : premiers contacts avec la France. Elle repartira réenclencher la fabrique de lait, pondre un autre enfant, avant d'aller sur l'Isle-sur-Sorgues, cette fois avec son mari, qui devient cocher. Ils s'établiront là, fermiers journaliers ou laveuse de linge, comme tant d'autres Italiens, car l'agriculture manquait de bras ! La mère d'Olga y trouve son mari italien. Cette dernière, née en 1937, raconte les humiliations destinées à ces enfants de "macaronis", pourtant nés français. L'allusion aux pâtes sert de fond de commerce à la convivialité italienne et donne à Olga l'occasion de parler cuisine. Italienne et provençale, Olga montera un restaurant en Avignon, qui accueillit les troupes de théâtre, comédiens, critiques, metteurs en scène, pendant des années, avant de transformer son logis en maison d'hôte, tant ses clients et amis ne voulaient pas la lâcher. Avec ses mots de tous les jours, entre expressions provençales et chansons italiennes, elle fait revivre l'atmosphère bon enfant du temps d'autrefois. Nostalgie a la carbonara. " En ce temps-là, la vie était plus simple à la campagne, nous n'étions pas riches, mais les riches ne vivaient pas mieux que nous. " Elle raconte comment, aux Italiens ont succédé les Espagnols, puis les Maghrébins dans les années 60, s'intégrant à leur façon. Si elle s'amuse d'entendre les Sénégalais parler avé l'accent, elle fustige une autre immigration, plus sournoise, celle des riches. Ce sont les touristes, parisiens ou américains, citadins de passage, ou qui rachètent les vieilles maisons et transforment cette bonne vieille atmosphère en snobisme. Mais c'est le progrès…

Cuisine des pays de France

Histoires et recettes
Jean-Louis André, Jean-Daniel Sudre et Jean-François Mallet
Editions du Chêne

A lire et à manger
Voilà un livre de cuisine qui est également une histoire des plats : saviez-vous que la choucroute vient d'Asie Centrale par la Route de la soie ? Que le cassoulet (aux fèves et mouton) nous vient des Arabes par le biais des Croisades ? Que le foie gras a été inventé sous les Pharaons et raffiné par les Romains? La plupart de nos grands classiques sont en fait des plats de pauvres qui ont gagné leurs galons. A l'origine, la bouillabaisse est mitonnée par les pêcheurs qui n'avaient droit qu'aux restes invendables de la pêche. L'aligot est fabriqué avec de la tomme fraîche car le fromage fait est interdit de consommation aux paysans… Les recettes s'enrichissent, après la découverte de l'Amérique, de tomates, haricots, maïs… Ce bel ouvrage illustré présente d'abord les lieux de la recette de base, des histoires de restaurateur et l'histoire du plat. Suit la recette classique, et ses variantes de chefs (choucroute de poissons, cassoulet aux fèves, truffade et autres pissaladières). De quoi se délecter en connaissance de cause.

 Société
Elles croyaient qu'elles ne vieilliraient jamais
Régine Lemoine-Darthois et Eisabeth Weissman
Editions Albin Michel

Femmes au bord de la ménopause
En 68, elles ont inventé la jeunesse triomphante, jeté leur soutien-gorge aux orties, obtenu la contraception, elles avaient la vie devant elles. Et voilà qu'elles découvrent que la vieillesse, ça n'arrive pas qu'aux autres. La ménagère de plus de 50 ans arrive pourtant en force dans la démographie. Mais elle reste invisible, dans le regard des hommes comme dans les médias, " resplendissantes à l'extérieur, minées de l'intérieur, telles sont les cinquantenaires de l'an 2000 ".
Pour relancer le débat, deux femmes, une directrice d'une société d'études et une journaliste, en tracent un portrait, réaliste et combatif. Le dernier combat peut-être, à mener dans le siècle du féminisme. L'ouvrage commence par un historique des avancées sociales, depuis le droit de vote et celui d'ouvrir un compte en banque (1965 !) jusqu'aux luttes soixante-huitardes qui ont radicalisé les différences entre mères et filles. La liberté sexuelle, la possibilité de faire des études, tout était permis, dans un contexte économique avantageux. Puis on aborde le chapitre de la "déglingue" physique et morale, grâce à des témoignages des "copines". Tout commence par les lunettes, puis la peau qui lâche, les seins "deshabités", la fatigue, les fameuses bouffées de chaleur… ! " Moi qui avait tout maîtrisé, mes maternités, mon divorce, mon métier, ma vie, voilà que mon corps m'échappait ".
L'homme regarde ailleurs, les enfants partent, le chômage guette. Le modèle manque : la femme de 50ans n'est pas représentée. Suit une étude pertinente sur ce manque d'image dans les médias, l'impossibilité d'avoir plus de 40 ans à la télévision, sauf après 22 H. Les magazines passent d'une cible 20-30ans à celle de senior affirmé. Les actrices subissent un passage à vide, se font lifter…
On lira avec intérêt des interviews d'Annie Duperey, de Macha Méryl et de Noëlle Chatelet. Le dernier chapitre évoque les différentes stratégies de confrontation… mais se termine sur une note d'espoir : un début de représentation sociale apparaît timidement.
A nous d'exister ! Nous sommes partout !

 

Société
Questions de grands-parents
Marie-Françoise Fuchs
Editions de la Martinière

"Ah, je m'en souviendrai, de ma vieillesse !"
Marie-Françoise Fuchs est la fondatrice de l'Ecole des grands-parents européens depuis 1994. Cette association regroupe parents et grands-parents autour des questions de société. A force de les écouter et de leur répondre, elle a fait un livre de leurs interrogations, doutes, désarrois, ou opinions tranchées.
Etre grands-parents aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec ce qu'eux-mêmes ont connu. L'allongement de la vie (les grands-parents ont encore leurs parents), les familles recomposées (les enfants du premier lit du deuxième mari de ma fille…), les technologies modernes (je dois faire les courses sur Internet chez mon fils), le chômage des enfants (alors qu'on pensait voyager), le remariage des enfants ou de son propre conjoint (les vieux divorcent aussi)… Autant de problèmes nouveaux et complexes auxquels le pauvre grand-parent est confronté sans références…
L'ouvrage décrit des situations (j'ai encore des besoins sexuels à mon âge, je ne comprends rien au langage de mon petit-fils, je me sens exclue, on m'impose la garde des petits, qui d'ailleurs sont mal élevés…), écrites sous forme vivante. L'auteur prône la patience, suggère une solution et fait montre d'une ouverture d'esprit qui peut manquer aux parents, aux enfants, aux grands-parents, bloqués chacun dans une strate générationnelle. La société évolue, mais chaque cas reste particulier, en fonction de l'attitude égoïste des uns et du sentiment de culpabilité des autres. Néanmoins, l'éventail des situations est si large qu'il couvre à peu près tous les cas de figure. On pourra consulter cet ouvrage à l'envie et voir que l'on n'est pas seul à vivre ça… En fin d'ouvrage, des commentaires socio-psychologiques apportent quelques clefs de compréhension. La vie n'est décidément pas un long fleuve tranquille !  
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Dernière mise à jour : ( 06-09-2007 )
 

 

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12-07-2010