Du romantisme , mais aussi de la chimie ... Deux regards qui se croisent et soudain c’est le coup de foudre… Parce que c’était lui… Parce que c’était moi… Personne n’est à l’abri de ce bouleversement des coeurs qui peut, à tout âge et à tout moment, transformer le cours de notre vie. Mais à quoi est dû ce coup de foudre ? Hasard, nécessité ? A moins qu’il ne faille se diriger dans les laboratoires, les yeux rivés sur le microscope et dans la nuée des mélanges chimiques qui s’échappent des éprouvettes pour comprendre que, finalement, tout ceci trouve son explication dans une sorte d’alchimie dont l’origine serait les “phéromones”.

Phéromones… Vous avez dit phéromones ?A partir de racines grecques - pherein (transporter) et horman (excitation), ce nom a été créé, en 1959, par Karlston et Lübster qui en ont donné cette définition : « Les phéromones sont des substances sécrétées par des individus et qui, reçues par d’autres individus de la même espèce, provoquent une réaction spécifique, un comportement ou une modification biologique ». Ces phéromones ont été très étudiées chez les animaux, notamment les phéromones sexuelles qui suscitent le rapprochement sexuel en période de reproduction. Les phéromones favorisent l’accouplement chez les hamsters, la dominance des mâles chez les éléphants, le sevrage chez les rats, etc. « De la même manière que les hormones sont libérées dans le corps pour faire communiquer différents organes entre eux, les phéromones, qu’on trouve dans les urines, la transpiration, les selles ou sur la peau, sont libérées dans l’espace extra-corporel pour faire communiquer entre eux les individus d’une société donnée », explique Lucy Vincent, docteur en neurosciences dans son livre “Comment devient-on amoureux ? ”. Ces composés hormonaux ont été identifiés chimiquement d'abord chez l'animal (20 ans après la découverte de leurs effets) puis chez l'homme, en particulier au niveau des glandes sudoripares de la peau et dans les sécrétions vaginales. Les scientifiques ne se sont pas penchés exclusivement sur les animaux, ils se sont intéressés également à nous autres, êtres humains, capables de sentiments amoureux. Les phéromones ont fait couler beaucoup d’encre et ont surtout inspiré les fameux "nez" qui ne cessent d’inventer de nouveaux parfums aux effluves intenses et captivantes pour que, à peine respirées, elles laissent derrière elles une envie de courir pour les rattraper, les capturer et ne plus s’en séparer. Une sorte de madeleine de Proust olfactive ! Pourtant, les parfums annihileraient les phéromones. C’est pourquoi, certains parfumeurs ont tenté de mettre sur le marché des parfums aux phéromones contenant des stéroïdes qui attirent le sexe opposé. C’est ainsi qu’ils ont introduit de l’androsténone dans les parfums pour hommes et de l’androsténol dans ceux destinés aux femmes (hormones respectivement féminines et masculines). A chacun de choisir entre odeur naturelle ou empruntée à ces faiseurs de rêves. A chaque époque, ses secretsNos ancêtres, sans en connaître l’existence scientifique, avaient chacun leurs méthodes pour trouver des phéromones plus ou moins naturelles afin d'attirer le sexe opposé. Ainsi, les femmes gardaient précieusement des pommes pelées sous leurs aisselles pour offrir à leurs amoureux ces "pommes d’amour", les hommes faisaient la même chose avec leurs mouchoirs. Au Brésil, les femmes, à la campagne, servaient à leurs amants du café filtré à travers une culotte déjà portée. La littérature et le cinéma se sont servis abondamment de l’influence des odeurs sur les sentiments amoureux. Ainsi, Don Juan chuchote-t-il à l’oreille de Leporello « Silence, il passe une odeur de femme ». Ce thème est également au centre du merveilleux film italien de Dino Risi “Parfum de femme” où Vittorio Gassman joue le rôle d’un aveugle obsédé dont la vie n’est guidée que par les odeurs féminines. Autre exemple où les odeurs poussent son auteur à la folie, le fabuleux livre de Patrick Süsking “Le parfum”. Tout dans la têteL’être humain possède deux systèmes de perception de ces composés : le plus classique est la muqueuse dite "olfactive" qui se trouve dans les fosses nasales, le deuxième est un petit organe appelé "voméronasal", ou organe de Jacobson, découvert par ce Danois, en 1813. Cet organe, moins développé chez l’homme que chez l’animal, se situe au niveau de la muqueuse, dans la partie antérieure des fosses nasales. Il est lui-même relié à une structure présente à la base du cerveau, l'hypothalamus, très impliquée dans la régulation hormonale et sexuelle, ainsi qu'à notre système olfactif. En se fixant sur ces structures, les phéromones induisent la sécrétion d'hormones, comme les hormones sexuelles. Ce n’est qu’en 1998 que des scientifiques ont démontré que les phéromones avaient une influence sur le cycle menstruel de certaines femmes et, encore plus récemment, que le gène humain codant pour un récepteur de phéromones a été découvert par des chercheurs américains. Le docteur Alan Hirsch a, quant à lui, démontré qu’une perte d’odorat conduisait à une baisse du désir sexuel, alors que, à l’inverse, durant la période d’ovulation ce désir est augmenté et que la femme est plus sensible aux odeurs, sensibilité abaissée au moment de la ménopause. D’autres chercheurs confirment cette idée à la suite d’expériences rigoureuses en affirmant : « la démonstration que la sensibilité olfactive des femmes augmente plus vite et à un bien plus grand degré que celle des hommes vient confirmer les nombreuses observations anecdotiques, au cours desquelles la sensibilité féminine aux odeurs ambiantes semble surpasser la sensibilité masculine. Conséquence négative possible : ce phénomène pourrait être responsable de la plus grande fréquence, chez les femmes, de plaintes liées aux odeurs de l’environnement, comme les syndromes d’intolérance chimique. Sur le plan positif, la possibilité de nettes améliorations de la sensibilité de détection après expositions répétées à des odeurs pourrait aussi conférer aux femmes reproductrices des avantages spécifiques comme une plus grande aptitude pour reconnaître à l’odeur la famille, pour établir le lien affectif mère-enfant, ainsi qu’une plus grande faculté pour identifier les sources alimentaires nutritives et éviter les toxiques ». La chimie des phéromones stimulerait les zones du cerveau en lien avec les émotions et le comportement sexuel. Mais, alors voici que se pose une question aussi existentielle que celle de savoir qui est apparu en premier l’oeuf ou la poule ? En effet, est-ce les phéromones qui en agissant nous permettent de trouver toutes les qualités physiques et intellectuelles à l’être aimé, ou bien ces qualités découvertes déclenchent-elles la production de phéromones ? D'autres hormones entrent en jeuDifférentes hormones entrent dans ce jeu de l’amour et du hasard, l’ocytocine tout d’abord qui serait un ciment dans le lien romantique ou sexuel. Ainsi, lorsque le petit veau naît, il est recouvert de liquide amniotique riche en ocytocine, le léchage induit chez le petit l’instinct de téter et, chez sa mère, l’instinct maternel. Si les amoureux des bancs publics s’éternisent en baisers langoureux, c’est aussiparce que cela libère en eux de l’ocytocine qui procure un état de bien-être, mais cela aurait également d’autres vertus comme une augmentation des défenses immunitaires : les couples heureux et amoureux vivraient plus longtemps et prendraient de l’embonpoint ! Mais d’autres hormones entrent en jeu, comme la dopamine, l’adrénaline, la sérotonine et les endorphines qui sont de véritables drogues amoureuses, expliquant cet état d’addiction entre deux amants qui ne peuvent vivre l’un sans l’autre, ainsi que d’autres comportements comme l’insomnie, l’hyperactivité, la perte d’appétit, etc. Si la dopamine est renforcée par l’ocytocine avec une sorte de réactions en chaîne, les endorphines sont libérées par des stimuli non seulement sensoriels, mais souvent associés à autre chose comme le son d’une voix. Attention, l’effet du temps serait néfaste sur la production de ces hormones. A nous de rester résolument romantique et de trouver les idées pour continuer à activer leur production ; faire l’amour, dormir ensemble, se blottir l’un contre l’autre, s’embrasser, se donner la main sont autant de manifestations d’amour qui activent la production d'ocytocine. A lire - Lucy Vincent, Comment devient-on amoureux ? Editions Odile Jacob, 2004
- Claude Gudin. Une histoire naturelle de la séduction. Editions du Seuil, Collection Science Ouverte, mai 2003.
- Lee Lozowick. L'alchimie de l'amour et de la sexualité. Editions Le Relié Poche, janvier 2003.
- Claude Aron. La sexualité, phéromones et désir. Editions Odile Jacob, Collection Sciences, février 2000.
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Avenirs de femmes n°16 /2006
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