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Les grands-mères nouvelle "génération"

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Écrit par Roseline Goiran (journaliste)
Elles travaillent, sortent le soir, font le tour du monde… Lorsqu'elles font des confitures, c'est au micro-ondes. Cela ne les empêche pas d'adorer leurs petits-enfants ! Que sont les grands-mères devenues?
Avenirs de femmes n°6 / 1998

« Allo, Maman ? Tu vas être grand-mère !» Allons bon ! "Si devenir parent, cela se prépare, on a l'impression de devenir grand-parent tout d'un coup, raconte Jean-Pierre Leguen, 53 ans, directeur d'une maison de retraite en Bretagne et grand-père de deux bambins de 6 et 3 ans. Ils décident pour nous. Comme mon fils était au chômage, nous avons eu une double réaction. J'étais fou de joie, mais mon épouse s'est inquiétée : les femmes sont plus pragmatiques."
 Comment dit-on grand-mère en…

• Anglais : granny
• Espagnol : abuela
• Italien : nonna
• Allemand : grossmutter
• Portugais : avo
• Roumain : tsila
• Russe : babouchka
• Hébreu : zafka
• Arabe : jaddah
• …et en Breton : mamgoz

 

Grand-mère : "pas mon genre"


Francine, 49 ans, était ravie, mais ne s'est pas sentie vraiment "grand-mère". "A mon âge ! Déjà ! ça m'a fait drôle. Pour moi, une grand-mère, c'était la mienne, qui faisait des crêpes et m'emmenait à la messe le dimanche, pas du tout mon genre."
C'est qu'une grand-mère ou un grand-père renvoient à des aimables clichés de
chignons blanchis, de tricot et de confitures, de bricolage et de jardinage, de vie calme et retirée. Jean-Pierre, Francine et tant d'autres sont en pleine activité professionnelle.
Une femme et un homme sur deux sont grands-parents à 52 ans. Parfois, les femmes sont encore en âge de procréer, ont un petit dernier à la maternelle…
"Cela m'a fait un choc, explique Yvette, grand-mère à 45 ans. Il devenait tout d'un coup impensable de faire encore un enfant. Je suis entrée dans une phase de « troisième âge » tout le temps de la grossesse de ma fille."
Pour certaines, le premier petit-enfant représente le désir de continuer à procréer et elles se mettent à le materner comme si c'était le leur. Quitte à empiéter sur le territoire des parents. D'autres se rebiffent, nullement prêtes à être disponibles sans préavis pour garder bébé et lui tricoter sa layette. "Ce n'est pas parce que ces jeunes gens ont décidé de fonder une famille qu'il faut, toutes affaires cessantes, oublier le travail, les sorties, les amis", s'insurge Julienne, dans un article paru dans Marie-France, intitulé "Grand-mère, oui, mais pas à plein temps".
Leur enfants sont moralistes, plus conventionnels que leurs parents, ils s'indignent de ce que la grand-mère ne soit pas disponible à tout moment, ait des affaires de cœur ou des réunions de travail. "C'est difficile d'être grand-mère aujourd'hui, témoigne Juliette, comédienne, dont la relation conflictuelle avec sa fille, nouvelle maman, oscille entre bouderies et réconciliations. Je n'approuve déjà pas le mari qu'elle s'est choisi, et maintenant il me faut avoir des relations avec ses parents à lui, et partager la petite. Il faut faire beaucoup de compromis." C'est qu'au-delà du petit-enfant, c'est la belle-famille de votre enfant qui intervient dans votre vie, et ce n'est pas toujours facile…

Grand-mère-gâteau ou super-mamie ?


Pour beaucoup, le règne de la mamie-confiture est caduque. Mais le nouveau statut de grand-parent reste à construire ; c'est une découverte progressive qu'il faut adapter à sa vie déjà bien remplie. De plus, cela arrive à un âge où ses propres parents sont encore en vie, dans le fragile quatrième âge. On doit alors s'occuper de ses vieux parents, de ses enfants encore à charge et des nouveaux petits-enfants… "Il n'y a pas de modèle standard, conclut Jean-Pierre. Le seul qui reste, c'est l'amour."
On a donc aujourd'hui plusieurs types de grands-mères (plus nombreuses que les grands-pères), de la grand-mère classique, retraitée, accueillante, en voie de disparition, à la grand-mère hyperactive, coquette, qui se remarie, part en randonnée, camoufle ses cheveux blancs et rate même la purée-jambon, en passant par la grand-mère incertaine, qui a des difficultés conjugales (les grands-parents, cela divorce aussi) ou professionnelles, qui ne sait pas comment se placer, en fait trop ou pas assez et culpabilise. "Je suis une grand-mère indigne", s'amuse Odile,
51 ans, qui a passé le relais aux autres grands-parents, plus classiques et ravis
de l'aubaine.

 
Une femme et un homme sur deux sont grands-parents à 52 ans ! 


On gâte, on chouchoute...


Parfois, ces super-mamies "craquent" quand même devant les frais minois : l'amour l'emporte toujours… Sans pour autant "tomber dans la vieillesse" ! Nadine emmène les plus grands en voyage, Anne étonne son petit-fils sur le Paris-Dakar, Josette apprend le patin à roulettes au sien… "On se débrouille toujours pour trouver du temps, et à défaut on se téléphone", explique Jean-Pierre. Bien que très occupés, et moins exigeants sur le plan éducatif, les grands-parents sont là pour gâter, chouchouter, jouer et faire le tampon lors des difficultés familiales.
Ils gardent les petits selon leur disponibilité. Plébiscités par les ados (4 lycéens sur 5 voient leurs grands-parents au moins une fois par mois), les grands-parents sont une porte ouverte, une oreille tolérante . Loin des conflits avec les parents, ils
gardent les secrets et participent enfin à la solidarité familiale, parfois ils sont plus à l'aise financièrement que leurs enfants. Pour les jeunes, les grands-parents apportent d'abord de l'amour et un soutien affectif, ensuite l'expérience et la mémoire, quelquefois une aide financière. Mais "Les conditions psychologiques des dons ont changé, écrit Ségolène Royal en 1987, ils n'entraînent plus de droit de regard pour les uns ni de soumission pour les autres".

Les nouvelles tribus


En ces temps troublés, où les jeunes connaissent des difficultés psychologiques ou économiques, restent plus longtemps chez leurs parents, la solidarité familiale se resserre autour des grands-parents, fous ou sages, mais néanmoins points d'ancrage des nouvelles tribus. Car nouvelles tribus il y a.
La famille n'est pas en crise, elle se transforme : cela s'appelle en langage savant "les familles recomposées". Marie, divorcée, deux enfants, s'est remariée avec Daniel, divorcé, deux enfants, et ensemble ils ont fait un petit dernier.
Leurs ex-conjoints ont eux aussi refait leur vie : au total, un lot de demi-frères et sœurs, qui circulent entre les foyers, et des grands-parents démultipliés.
Pour ces derniers, c'est une situation inédite : quelle attitude adopter avec les "beaux-petits-enfants" ? Des trésors de diplomatie, souvent, pour le bien-être des petits. La famille s'élargit, de liens du sang en liens d'alliance.
"C'est moi qui rappelle les dates d'anniversaire à mon fils remarié, indique la mère de Daniel, et qui trouve des solutions pour les réunions familiales. Les enfants de ma belle-fille sont nos petits-enfants à part entière. Pour moi, c'est l'affection qui dicte mon attitude." Il faut savoir profiter de tous les liens familiaux quels qu'ils soient, car ces liens sont des éléments d'identification importants pour les enfants, disent les psychologues.
Même en cas de divorce et de séparation. D'ailleurs, une loi de 1993 fait obligation aux parents de maintenir les relations entre grands-parents et petits-enfants.
 Comment se faire appeler ?

Signe des temps, les appellations ont changé : "grand-mère" est jugé trop classique, "mémé" trop vieillot, "bonne-maman" ou "grand-maman" trop bourgeois…

"Mamie", apparu dans les années 60, remporte la plupart des suffrages.
Souvent suivie du prénom ou surnom : cela fait plus jeune…

Grand-parent : un métier d'avenir


Mais pour les dix millions de grands-parents en France, une seule loi dicte désormais les relations : l'amour, sous toutes ses formes. Un grand-parent, c'est indispensable, c'est la mémoire et l'expérience, un lien dans la continuité du temps, dans un nouvel équilibre familial. Un grand-parent, aujourd'hui, c'est moderne, informé, aisé et en forme. "Les grands-parents, c'est un métier d'avenir", conclut Ségolène Royal.

En pratique

ADRESSES UTILES
• Allo Grands-parents (difficultés et litiges familiaux) : 01 44 93 44 90
• Ecole des grands-parents européens (sorties et activités pour les enfants accompagnés de leurs grands-parents) :
12 rue Chaumel, 75007 Paris
• Grands-mères occasionnelles (mise en relation de grands-mères et de familles qui ont besoin de gardes d'enfants) : 48 rue des Bergers, 75015 Paris
En régions : s'adresser à l'assistante sociale de la mairie.

A LIRE• Les nouvelles grands-mères, Sylvie Marion,
Ed Hachette
• Le printemps des grands-parents, Ségolène Royal,
Ed Robert-Laffont
• Au bonheur des grands-mères, Geneviève Poncet,
Ed Albin-Michel 

 

 

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