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La femme du 20e siècle

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Écrit par Albane Salleron (historienne d'art) et Martine Albouy (journaliste)
Du siècle dernier à l'an 2000, comment les médecins et hommes de sciences nous perçoivent-ils ?

Belle écervelée, poule pondeuse, mère modèle ou femme active ? Le "sexe faible" a longtemps été réfréné dans ses désirs d'affirmation et d'indépendance. Tour à tour diabolisée ou dévalorisée dans ses tentatives d'intégration dans la société, la femme a eu bien du mal durant ce siècle à faire valoir ses compétences, ses spécificités. Et les hommes de science, comme les médecins, n'ont pas toujours été tendres.

Avenirs de femmes n°10 / 2001

Du XIXe siècle à la guerre de 1914, la femme est entièrement définie par son rôle familial : elle est épouse et mère ! Quelle que soit sa condition, elle doit s'efforcer de plaire car " la beauté, c'est l'arme de la femme " (1), et le législateur veille également à ce qu'elle reste soumise à son mari. La première guerre mondiale lui donne - provisoirement - l'occasion de sortir de ce carcan familial. En effet, certaines usines en proie à une pénurie de main d'œuvre font appel à elles, tandis que d'autres femmes, séparées de leur mari, se doivent de faire face à la gestion d'une entreprise ou d'une exploitation familiale.

Années folles : entre traditions et affirmation

La fin du conflit marque le retour au foyer. Le mot d'ordre est de repeupler la France ! On assiste alors à une exaltation du rôle de l'épouse et de la mère. Les femmes sont donc toutes désignées pour endosser seules la responsabilité du bien-être et de la santé de l'enfant. D'autre part, activité professionnelle et grandes familles heureuses semblent inconciliables. " Hors des grandes familles, on observe moins souvent l'amour conjugal… la femme qui travaille ne fait des enfants qu'au compte-gouttes et ne peut pas les nourrir à son sein. Familles moins nombreuses, mortalité infantile plus élevée " (3). Les maternités cimentent donc l'amour conjugal et " c'est le troisième enfant qui fait la femme"(3). La publicité relative aux moyens de contraception est interdite et l'avortement est un crime passible de la cour d'assise. Quant aux préservatifs, ils sont autorisés pour prévenir les maladies vénériennes, à condition de pas en faire de publicité ! C'est l'époque où les discours hygiénistes triomphent - " l'hygiéniste ne donne pas la beauté, il se contente de la servir, mais toujours avec science et probité " (1) - et la surveillance médicale des nourrissons s'impose. La santé est le seul cosmétique vraiment efficace, le corset qui fait vivre dans un état de demi-asphyxie est abandonné, il est conseillé d'éviter le surmenage et l'usage des excitants et de s'accorder des moments de repos et de récréation en compagnie agréable, car " comme on est souvent aimée que pour un détail, il ne faut rien négliger, si l'on veut être et rester aimée " (1). Ainsi, celles qui pendant leur jeunesse " n'ont pris aucune précaution, qui ont dansé ou se sont livrées à des exercices trop violents durant leurs périodes menstruelles, n'en ont peut-être pas souffert immédiatement, mais à la ménopause, elles devront très probablement payer la dette que leur réclame la nature surmenée, en souffrant de maux dus à leur négligence " (2). Et il en va de même pour les femmes qui auront trop travaillé.
En marge de ce courant de pensée, la garçonne des années folles, aux robes et cheveux courts, femme libérée, vit pour elle-même et ne semble pas correspondre tout à fait à l'idéal du moment. Pour les hommes de science, la mode qu'elles affichent est le reflet de mœurs débridées et les " robes actuelles symbolisent les idées féministes et le dédain pour la maternité… elles sont la gaine d'un éphèbe sans relief et la négation de la féminité au profit de je ne sais quel féminisme sans entrailles" (1). Devant ces nouvelles femmes en quête d'indépendance, qui envisagent un avenir où elles espèrent faire mouvoir les rouages sociaux, force est de constater " qu'au civil, nous voyons des bas bleus qui font des conférences, qui demandent à voter, et qui font rage pour que les chevrettes s'abaissent jusqu'à réclamer l'égalité avec les boucs" (3). Là est donc son erreur : vouloir faire la même chose que les hommes.

Les années quarante : vers l'égalité des droits

Le régime de Vichy en 40 renforce le modèle idéal pour la femme : maternité et foyer. La France symbolise la mère et Pétain, le père qui remet sur le droit chemin la rigueur des mœurs dont les égarements ont conduit à la décadence et la défaite. Le régime s'appuie sur la famille : le père, détenteur de l'autorité, s'exprime dans le travail et " respecte sa femme pour ses vertus domestiques ", et la mère gardienne du foyer " respecte son mari pour son labeur et la dignité de sa vie " (3), garantissant ainsi l'amour conjugal " votre grâce, madame, est à la mesure de votre féminité " (3). Dans ce contexte, tout ce qui éloigne les mères de la maternité est réprimé, avortement, divorce, violemment réprouvés, " la nature sexuelle, détournée de son but légitime, proteste énergiquement. En éludant la maternité et ses devoirs, les femmes se font un mal incontestable, moralement aussi bien que physiquement " (2). Chez les femmes mariées qui ont cherché à prévenir la conception ou ont provoqué des avortements. "La nature se révolte et exige la punition de la violation de ses lois. Des maladies maléfiques se déclarent souvent, suivies d'années de souffrances qui font de la femme une invalide " (2). Elles risquent de le payer très cher à la ménopause, mais la rémission est possible: " Une ferme confiance en Dieu, la volonté de faire de son mieux en laissant le résultat à celui qui n'abandonne jamais ses enfants, conduiront sûrement le vaisseau sur la mer agitée, et transformeront un voyage orageux en une excursion comparativement facile " (2). En 1946, le préambule de la constitution pose le principe de l'égalité des droits entre les hommes et les femmes dans tous les domaines, les hommes de sciences l'acceptent, même si leur interprétation reste quelque peu "machiste". Ainsi, " Toute idée de supériorité, d'infériorité et même d'égalité d'un sexe par rapport à l'autre doit donc être rejetée. L'homme et la femme sont deux variétés d'un même type, chargées chacune d'une mission différente et armées, dans la mesure même où elles se différencient l'une de l'autre, pour leur mission spécifique " (4). Possédant un sens pratique de l'observation des réalités, ils se rendent à l'évidence que " Les jeunes filles obtiennent de moins bons résultats dans l'étude des mathématiques supérieures et des résonnements complexes. Cette discipline se fondant uniquement sur une logique qui ne se distingue pas du bon sens élémentaire, les femmes n'y ont pas d'aptitude parce que, suggère un peu ironiquement le professeur Buytendijk, elles ne seraient peut-être pas douées de bon sens ! Il est vrai que les manuels de mathématiques sont destinés à des cerveaux "normaux", c'est-à-dire mâles, capables de sauter sans transition d'une idée à l'autre, gymnastique impraticable aux cerveaux féminins "(4).

L'après 68 : libération sexuelle, libération textuelle

Ce n'est qu'à partir de l'avènement de la cinquième république qu'interviennent les réels progrès quant à son émancipation. Le mouvement féministe des années soixante-dix, prolongement durable du mouvement insurrectionnel de mai 1968, revendique l'émancipation en se cristallisant autour du thème du corps, (maîtrise de la fécondité et répression du viol) et du droit au travail. " La féminité est une entité en soi qui se définit elle-même sans devoir faire appel à des normes ou à des références masculines fussent-elles historiques et ancrées dans nos subconscients ! "(6). Mais ce mouvement n'est pas toujours bien perçu par les hommes et les préjugés ont la vie dure: " La conscience qu'elle garde d'appartenir à un groupe plus faible la fait partir vaincue d'avance dans la compétition… elle porte déjà la marque du sexe faible " (4).
En 1967 la loi Neuwirth autorise la contraception, en 1970 est votée la loi substituant l'autorité parentale à l'autorité paternelle et en 1975 la loi Veil autorisant l'interruption volontaire de grossesse et la loi instituant le divorce par consentement mutuel. Pour les psychanalystes, "l'envie du pénis" ne serait que l'effet d'une mutilation symbolique de la femme qui doit assumer sa condition de châtrée comme un châtiment. " Toutes les cultures qui répriment la sexualité comportent cette ambiguïté : la femme n'a pas de sexe, elle est le sexe " (8). L'intérieur est féminin, l'extérieur masculin, à l'image de l'espace social primitif. La femme demeure irrationnelle, mystérieuse, incontrôlable et nombre de psychiatres considèrent l'hystérie comme une maladie spécifique de la femme. Le sexe féminin est défini comme manque avec sa physiologie propre : " C'est dans la façon dont la femme se comporte en société qu'apparaît le plus distinctement la fragilité du système neuro-végétatif, c'est-à-dire du système nerveux qui commande les fonctions inconscientes". Rougeurs, pâleurs et vapeurs sont les " armes principales de la coquette" (4) et " sont souvent disproportionnées avec les événements qui les provoquent " (4).

Le temps passe, les mentalités restent

L'éducation scolaire devient mixte et l'essor de la scolarisation observée alors est en rapport avec le mouvement de féminisation du public scolaire. Mais l'enseignement professionnel reste cloisonné, les formations qui leur sont réservées les préparant plus à un métier du secteur tertiaire et les garçons au secteur secondaire. Si l'accès aux universités est libre, celui aux écoles les plus prestigieuses reste très sélectif et les femmes ne sont que peu acceptées. Or c'est à la sortie de ces grandes institutions que le secteur privé recrute ses cadres, et la discrimination sexuelle a la vie dure sur le marché du travail.
" Il est certain que toute création quelle qu'elle soit, exige que l'être humain se dépasse entièrement et ce trait est le propre de l'homme " (4).
Ce n'est que dans les années quatre-vingt que la remise en question du travail des femmes devient une question politique. Malgré les évolutions notées entre 1986 et 1999, la carrière des femmes dépend toujours plus de contraintes familiales que celle des hommes. Elles sont donc moins disponibles, et c'est ce qu'on leur reproche. Face au dilemme maternité ou plan de carrière, la femme ne semble pas avoir le choix. Le MLF favorisa l'accès des femmes aux branches scientifique mais " Il fallut attendre la fin des années 80 pour que l'égalité des chances des femmes soit considérée comme un véritable enjeu pour la science et la société " (9) car le problème n'est pas d'avoir une technicité particulière mais plutôt d'être accepté dans une discipline plus prestigieuse.
En effet, à diplôme et origines sociales égaux, les chances d'accès aux postes à responsabilités pour les femmes sont systématiquement plus faibles. " La féminisation piétine dès qu'il y a pouvoir, même dans les secteurs scientifiques où le nombre de femmes fait masse, en biologie par exemple ".

Lueur d'espoir ?

Pendant des siècles, les hommes ont été les gardiens de la science. Le XXe siècle n'a attribué le prix Nobel qu'à 11 femmes et ce n'est qu'en 1994 que le professeur Marianne Grunberg-Manago devint la première femme nommée Présidente de l'Académie des sciences en France.
Pour le CNRS, l'an 2000 est l'occasion d'organiser un colloque spécial "Femmes et sciences" et, dans le cadre du partenariat "For Women in science", l'Oréal et l'Unesco récompensent des femmes de sciences du monde entier témoignant qu'"Aujourd'hui les femmes sont encore trop peu nombreuses à exercer un métier dans le domaine des sciences. Cette situation connaît une évolution récente qui se traduit par une prise de conscience générale. Partant du constat que l'accès des femmes aux carrières scientifiques est un enjeu majeur pour la science comme pour la société, différentes initiatives nationales et internationales s'attachent à lutter contre ces disparités (10)".

Doit-on y entrevoir "le début de la fin" des idées reçues ?

Pour en savoir plus :

1. Dr E Monin. Pour le beau sexe, causerie d'un vieux spécialiste. Ed Albin Michel 1925.
2. Dr EF Drake. Ce que toute femme de 45 ans (âge critique) devrait savoir. Ed Livres de Stall, Pureté et vérité, Sexe-séries 1940.
3. Dr J Besançon. Le visage de la femme. Ed Terres Latines 1945.
4. P Gendron, Ph Cousin. La femme cette inconnue. Sciences et vie 1955, 451.
5. La recherche des femmes. Commission Femmes National des Chercheurs Scientifiques 1981.
6. Dr D Elia. Encore plus femme. 1993.
7. Colloque "Femmes et sciences". CNRS, 3 février 2000, Gif-sur-Yvette.
8. P Lainé. La femme et ses images. Ed Stock 1974.
9. Th Blöss, A Frickey. La femme dans la société Française. Ed Puf, Que sais-je 1996.
10. For women in science. L'Oréal et l'UNESCO, 10 janvier 2000.

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Dernière mise à jour : ( 10-06-2008 )
 

 

Date de la dernière mise à jour du site : 02-09-2010

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