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(Dernière mise à jour le 26/06/2007) Après un siècle de progrès en médecine obstétricale, notamment en matière de confort et de sécurité de la mère et du bébé pendant la grossesse et l'accouchement, les femmes se représentent encore le cap de la quarantaine comme un seuil au-delà duquel se pose différemment la question de la maternité. Pourquoi cela ? Y aurait-il un âge idéal pour faire des enfants, et un âge qui le serait moins ? Avenirs de femmes n°8 / 1999
Environ 5 % des enfants naissent de mères ayant dépassé 38 ans. Ces naissances dites "tardives" ont de tout temps existé, puisque seule la ménopause mettait définitivement un terme à la période fertile. La situation n'est donc pas nouvelle. Et pourtant, tout a changé depuis que, dans la maternité, intervient la dimension du choix. Avant l'ère de la pilule et autres moyens de contraception, les trois quarts des femmes avaient des enfants. Elles étaient plutôt jeunes, ils étaient plutôt nombreux, et pouvaient donc survenir après cet âge qui semble fatidique. C'était risqué, mais c'était comme ça.
LA MATERNITÉ : UN CHOIX
Depuis 1968, les femmes ont lutté pour le droit de ne pas avoir d'enfants; ceci dans le souci de dissocier la maternité de l'identité féminine. Peu à peu, la contraception s'est démocratisée, l'interruption volontaire de grossesse (IVG) a été légalisée. Libérées de cette emprise séculaire de la nature sur leur corps et leurs projets de vie, les femmes ont progressivement investi le monde des études supérieures et largement intégré les sphères professionnelles, jusque-là réservées aux hommes. Pour vivre libre, il fallait s'assumer financièrement, c'est-à-dire travailler. C'est le cas de 80 % des femmes désormais. Mais, dans le même temps, l'infertilité est plus mal vécue qu'avant ; ceci est notamment lié aux progrès de la procréation médicalement assistée. Choisir de ne pas faire d'enfants n'est donc plus un renoncement à la maternité. Bien au contraire. C'est vouloir faire une place de choix à cet enfant, une place désirée, et non subie. S'est posée alors aux femmes la question de savoir quel serait le meilleur moment pour devenir mères - le meilleur moment pour elles, mais aussi pour leur couple et le futur bébé.
Témoignages
" A 20 ans, je ne me sentais pas prête pour devenir mère. Je croyais aussi qu'après 40 ans une femme enceinte restait alitée pendant toute sa grossesse. Cela ne me tentait pas du tout! J'ai pourtant eu mes deux fils à 39 et 42 ans et je souhaite à toutes les femmes de vivre des grossesses aussi radieuses que les miennes. A 43 ans, je me sens toujours en pleine forme. Les enfants, c'est une vraie cure de jouvence! " |
ETRE PRÊTE À DEVENIR MÈRE Devenir mère, nous le savons, ne va pas si facilement de soi. Il ne suffit pas de vouloir un enfant pour qu'il vienne. Devenir mère, c'est accepter de faire en soi - dans son cœur et dans son corps - de la place pour un autre, un étranger, certes désiré le plus souvent, mais un inconnu quand même. C'est renoncer à tout maîtriser, lâcher prise pour accueillir l'évolution en soi, malgré soi. Cela réclame une certaine confiance en ses propres capacités à supporter le "non maîtrisable"… Le projet d'enfant fait resurgir l'enfant en soi, celui que nous avons été, avec ses désirs et frustrations, son amour mêlé de colère envers sa mère. Pour être mère, encore faut-il s'en sentir autorisée par la sienne. Devenir mère, c'est aussi envisager sa propre finitude et celle de ses parents. Il n'y a pas d'âge pour ce travail psychique. Intense, parfois douloureux, passant inaperçu car il est en grande partie inconscient, il est cependant toujours présent. Les jeunes femmes sont de plus en plus nombreuses à ne pas se sentir prêtes pour la maternité. Elles étudient, cultivent leurs relations sociales, amicales, amoureuses. L'entrée dans la vie professionnelle exige d'elles une très grande disponibilité, mais aussi un esprit d'efficacité, de compétition parfois, une maîtrise de soi et de son temps. Le projet d'enfant est rarement une fin en soi, il passe par un projet de couple. Décider de la venue d'un enfant, c'est effectivement franchir une étape dans l'évolution du couple. C'est l'enfant qui fait la famille maintenant - et non le contraire. De plus, la vie amoureuse n'est plus linéaire d'après le rapport du Congrès national sur la famille datant du 12 juin 1998. Les hommes et femmes peuvent traverser différentes périodes dans leur vie affective; ils sont seuls, en couple, puis à nouveau célibataires, etc. Ils cherchent avant tout un épanouissement personnel, lequel ne passe pas forcément par la venue d'un enfant.
ET L'ENFANT?
Notre regard sur l'enfance a considérablement évolué. Nous savons désormais que les bébés ont besoin d'un minimum de sécurité affective pour grandir harmonieusement et que, cette condition une fois remplie, ils témoignent d'une très grande vivacité intellectuelle, tournée vers le plaisir de la découverte du monde qui les entoure. La place des parents - et à plus forte raison de la mère - n'a jamais été envisagée avec autant d'importance…Dès lors, nous comprenons aisément que l'âge moyen des mères primipares ne cesse d'augmenter. De 26,8 ans en 1980, il est passé progressivement à 29,1 ans en 1996. Avant trente ans, de moins en moins de femmes se sentent disponibles pour un enfant. Les conditions les plus favorables ne sont pas toutes réunies. D'un point de vue social et personnel, l'âge idéal pour la venue d'un premier enfant est donc de trente ans environ.
GROSSESSE TARDIVE : MÉDICALEMENT JUSTIFIÉE? Qu'est-ce qu'avoir trente ou quarante ans maintenant au regard de notre espérance de vie qui, elle aussi, augmente? Elle était de 55 ans pour les femmes au début du siècle. Elle est actuellement de plus de 80 ans chez les femmes. Et ce n'est pas fini. Jamais l'humanité occidentale n'a pu espérer vivre aussi longtemps et dans d'aussi bonnes conditions, ceci grâce à une meilleure qualité de vie en général, couplée à d'énormes progrès de la prise en charge médicale. Dans ce cadre, le souhait d'enfanter de plus en plus tard n'a jamais été aussi légitime. Il émane de femmes ayant déjà eu des enfants jeunes, avec ou sans le même partenaire, ou de femmes qui ont d'abord privilégié leur vie professionnelle. La position éthique du corps médical français est très claire sur ce point : nous ne sommes pas en Italie… Aucune femme ménopausée ne peut être aidée médicalement dans son désir d'enfant. La ménopause - la loi de la nature - s'impose donc à toute femme aux alentours de la cinquantaine. Aussi peut-on se questionner sur l'âge idéal pour tomber enceinte d'un point de vue purement médical. La règle est simplissime : il est toujours plus facile d'être enceinte jeune. Ceci pour plusieurs raisons. La fertilité tout d'abord : elle diminue progressivement dès la puberté, et plus fortement après 38 ans. Passé ce cap, la femme a moins de chances d'être enceinte. Évoquons aussi les conséquences de toute grossesse qui impose de profondes modifications corporelles. Avec l'âge, le corps sollicité dans son ensemble a de moins grandes capacités d'adaptation, mais aussi de récupération.
DES RISQUES…
Témoignages
" J'ai eu mon enfant à 42 ans, en même temps qu'une copine de deux ans mon aînée qui, elle, devenait grand-mère… Sa fille a accouché deux mois après moi. Nos deux enfants se connaissent bien. Ma copine me donne des conseils, comme une mère. Mais… quand je la vois comblée dans son rôle de grand-mère, j'espère que ma fille aura envie d'être mère avant d'atteindre quarante ans! "
" J'ai 35 ans et aimerais avoir un enfant dans les prochaines années, pas trop tard. J'aime mon travail. Longtemps j'ai pensé que l'arrivée d'un enfant m'empêcherait de progresser professionnellement, et je pense toujours que l'on ne peut se consacrer pleinement à son travail et sa vie privée en même temps ! Je sens que mon envie de maternité est mal vécue dans mon entourage professionnel. On me dit que je vais décrocher, que je ne serai plus aussi disponible, et ça dérange. Mais moi, je me dis : tant pis, tout ceci est insignifiant et inutile, comparé à la valeur d'un enfant. " |
Alors, faut-il abandonner un projet de maternité pour des raisons médicales liées aux risques de la grossesse? Beaucoup de femmes affrontent ces risques et ressortent aussi épanouies de la maternité que les jeunes mamans. Les risques sont certes réels. Il ne s'agit pas de les minimiser. En revanche, il importe de les relativiser. Prenons l'exemple de la trisomie 21. Le risque augmente effectivement à partir de trente-huit ans mais il est nettement mieux contrôlé grâce à l'amniocentèse. Par ailleurs, le suivi médical régulier offre un cadre sécurisant. Il faut aussi tenir compte de l'état de santé général de la femme. C'est un facteur décisif du bon déroulement d'une grossesse. Il est vrai que l'entourage, et plus souvent encore la famille, font parfois pression pour rappeler que le corps n'est plus aussi vaillant… Ces remarques cachent souvent une inquiétude plus sourde, plus cachée : celle liée à la différence d'âge entre l'enfant et sa mère, laquelle ira en augmentant…Et pourtant! Les mères ayant eu un enfant vers quarante ans racontent avec le sourire le jour où leur enfant leur a dit, le plus simplement du monde " tu es ma vieille maman! ". La représentation que nous nous faisons de notre âge teinte assurément la nature des relations que nous établissons avec notre entourage, dont les enfants. Quel que soit l'âge de leurs parents, les enfants trouvent toujours, à une certaine période de leur vie, que leurs parents sont vieux. Et c'est vrai! Ils marquent ainsi l'écart des générations et c'est important dans la structuration de leur personnalité. Les enfants qui ont des parents "copains" se plaignent souvent de ne pas être soutenus, de ne pas pouvoir vivre comme des enfants, c'est-àdire pouvoir faire des erreurs et avoir besoin d'être guidés, même s'ils disent ne pas le vouloir…L'écart d'âge n'est pas un obstacle aux relations avec les enfants. Il est une donnée essentielle à intégrer, une réalité à accepter. Alors, comment se représenter en l'an 2020 ces mères qui ont actuellement la quarantaine? Quelles relations auront-elles avec leurs enfants de vingt ans? Gageons qu'elles seront encore plus vigoureuses que les générations actuelles, porteuses de projets, dans une dynamique de vie après leur carrière professionnelle…
… MAIS AUSSI DES ATOUTS
Ces femmes de quarante ans et plus ont un atout par rapport aux jeunes femmes : la maturité. Elles se connaissent mieux, autant dans leurs limites que dans leurs compétences. Qu'elles aient eu des enfants très jeunes et/ou une vie professionnelle, elles envisagent leur avenir avec des préoccupations différentes. D'un point de vue professionnel notamment, il n'est plus question de faire sa place, mais de la maintenir. Cela requiert des dispositions mentales plus propices à la maternité. La compétition, le souci de maîtrise sont souvent relégués au second plan au profit de plus grandes capacités d'adaptation aux autres, aux situations. Et la venue d'un enfant réclame de grandes capacités d'adaptation, ce qui n'est d'ailleurs pas sans effet tonifiant - intellectuellement et physiquement ! Avec l'âge, bien sûr, vient la prise de conscience des conséquences de nos actes. Une mère de quarante ans envisage avec plus de lucidité les "pièges" de la vie qu'une femme de vingt ou trente ans. La dimension financière interviendra, par exemple, dans son choix de façon plus preignante que pour une jeune mère. En effet, l'enfant sera peut-être encore étudiant alors que sonnera pour elle l'heure de la retraite. Si nous passons en revue toutes les crises ou les épreuves, nous réalisons rapidement que tout projet d'enfant fait partie de ces événements qui bouleversent l'existence. Est-ce à dire que tout projet d'enfant comporte une part de folie, d'irresponsabilité ? Ou bien est-ce un pari sur l'avenir ? La dimension du choix - intime -, couplée à la connaissance du risque pour l'enfant et pour soi, rend sans doute plus difficile le projet de maternité après quarante ans. Elle assure pourtant au futur enfant que ses parents se seront pleinement posé la question de sa place au sein de leur famille. C'est une marque d'amour, à respecter infiniment.
Les grossesses tardives sont-elles à risque ? Il faut savoir qu'après 38 ans, on observe : • une plus grande fréquence des avortements spontanés pendant le premier trimestre, • une plus grande fréquence des trisomies, notamment des trisomies 21, davantage de fatigue, de troubles veineux, de diabète ou de pathologies rénales liées à la grossesse, • davantage d'accouchements prématurés et de césariennes. | |