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Refaire sa vie de couple avec la même envie de réussir

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Écrit par Sylvie Moinet-Fels (journaliste)
doc-123La mariée est rayonnante : elle a plus de cinquante ans, une grande famille, elle est presque grand-mère… Bien dans ses rides (qu'elle a fort peu visibles), forte de ceux qui l'entourent (ses amis, ses enfants, ses parents, son ex-conjoint…), elle s'apprête à dire Oui, et de nouveau "pour la vie"…
Avenirs de femmes n°11 / 2002
Ce qui eût été impensable aux siècles derniers, voire inconvenant, est devenue scène courante dans notre société occidentale. Notre espérance de vie s'est allongée (nous pourrions vivre, d'après les scientifiques, jusqu'à 120 ans !) et notre espérance d'amour aussi : à cinquante ans, on a la vie devant soi, et l'envie toujours de vivre en duo plutôt qu'en solo…
Car, si la vie en couple reste encore le modèle qui nous hante, les modalités en sont devenues multiples : union libre, PACS, mariage, cohabitation ou quotidiens séparés… Le couple se joue à la carte, et à répétition (en France, sur les 29 millions d'individus qui vivent à deux, 11 % vivent une nouvelle union). A chaque fois pourtant c'est le même enjeu, refaire sa vie, et le même défi, réussir…

Plus facile pour les hommes ?

Inutile de le nier, il est plus facile pour les hommes que pour les femmes de revivre en couple. Les chiffres sont éloquents et donnent la mesure de l'injustice : selon une étude très récente de l'INSEE, ils ont 23 % de chances de plus que nous ; parallèlement, plus elles vieillissent, moins elles ont de chances (5 fois moins entre 50 et 54 ans qu'entre 25 et 29 ans).
Ce qui joue contre nous… : la mortalité masculine plus précoce, le fait que nous les préférons plus âgés et qu'ils nous choisissent plus jeunes qu'eux, le fait d'être mères d'enfants de moins de 10 ans (7 % de chances qui disparaissent encore).Ce qui joue pour eux… : la différence d'âge dans le couple traditionnel, la position sociale et le niveau d'études, le fait d'être père sans avoir la garde de ses enfants (cas le plus fréquent).

Un nouveau destin à deux

S'engager dans un couple, c'est accepter une "unité de vie" (6). On ne se forge pas un destin à deux pour les mêmes raisons à 25 ou à 50 ans. Dans le premier cas, il s'agira de fonder une famille, et c'est de plus en plus dans cette optique que s'inscrit le mariage. La plupart des jeunes couples vivent en union libre avant de "légaliser", bien après la naissance des enfants, entérinant ainsi officiellement la filiation et la transmission des biens.
Passée la cinquantaine, les unions tardives, et plus encore les remariages, prennent un tout autre sens. Lequel reste encore à définir, et nos sociologues, nos psychologues ou nos magazines féminins commencent vraiment à s'y intéresser. Il serait temps. Mais en matière de couple, c'est plutôt en navigant à vue qu'on refait sa vie…

Plus libre pour s'engager après 50 ans ?

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Nous sommes entrés dans une ère de vie affective en pointillés, qui alterne (dans le meilleur des cas) vie en couple et vie en célibat. Nous voudrions " cumuler les avantages de la vie seule et de la vie avec ". Cette indépendance affichée des femmes, aussi révolutionnaire soit-elle pour le tissu social, est trop souvent éprouvante moralement et matériellement : "le désir d'autonomie de chacun rend la question de l'autre éminemment problématique".
De plus en plus de femmes s'avouent lassées (le mot est faible) de cette "monogamie séquentielle". Dans un récent article, le Nouvel Observateur titrait : "2 millions de femmes seules à la recherche de l'âme sœur"…
Dans le lot de ces malheureuses (…) la position de la femme dite "senior" - en termes marketing, les plus de 50 ans - n'est pas la pire. De la dure réalité des chiffres, il ressort pour elle un constat positif : n'étant plus la "mère-gardienne" de ses enfants, elle récupère la liberté potentielle d'un nouvel engagement. Enorme avantage sur ses consœurs de 30/40 ans…

Ce n'est donc pas un père pour ses enfants que la femme cherche. Serait-ce un mari, dans la plus pure des traditions ? Peut-être bien, si l'on en croit encore les chiffres de l'INSEE : l'année dernière sur 300 000 mariages célébrés, 18 % étaient de nouvelles unions…

Une envie de reconnaissance sociale ?

Dédaignée depuis les années 70, la vénérable institution refait surface. De son côté, le PACS, avec 18 000 "pacsés" dès l'an 2000, fait une belle entrée dans la société. Paradoxalement, il vient peut-être redorer l'image ternie de son aîné : on n'a pas encore trouvé mieux comme "acte social de reconnaissance" (6) et c'est sans doute pour cela que "le mariage revient dans l'air du temps, des aspirations et des désirs des gens".
Ce constat est encore plus vrai pour le remariage, dans cette génération charnière constituée par les seniors : "pour eux, écrit le sociologue Claude Martin, le remariage n'est pas perçu comme nécessaire, mais à n'en pas douter il est la forme la plus visible de la recomposition familiale".
Mariage tardif ou remariage, on choisira donc de signer devant Monsieur le Maire autant pour confirmer aux yeux de la société un engagement personnel (souvent déjà établi par la vie commune), que "pour le plaisir" ou "pour faire la fête".

Au-delà de 50 ans on connaît le prix de la vie, qu'elle soit en duo ou en solo, et l'on sait que le mariage, lien aussi intime que social, signifie l'acceptation d'un engagement sur la durée. Convoler de nouveau en justes noces, c'est donc miser sur l'espoir, sur l'expérience, et l'afficher publiquement.

Selon des études récentes, les deuxièmes mariages échoueraient pourtant plus que les premiers… Que les plus de 50 ans se rassurent : les handicaps sont surtout dans la corbeille des plus jeunes. En vrac, on y trouve les enfants plus ou moins au foyer, les liens toujours trop présents avec l'ex, la famille qu'il faut reconstituer, et les souvenirs encore cuisants de l'échec passé…

Mais point n'est besoin de se marier pour refaire sa vie, et autour de la cinquantaine c'est plutôt dans le cadre de l'union libre que, de fait, on inscrira son avenir à deux.

Vieillir ensemble ?

On refait sa vie, pas sa jeunesse. Dans tous les cas de figure, la nouvelle psychologie de l'engagement tardif dans la vie de couple induit donc de nouveaux comportements. Au dire des psychologues, ils sont basés sur la lucidité, la volonté de changement, la reconnaissance du passé, et surtout l'acceptation de vieillir ensemble. Ce que la génération de 68, individualiste et narcissique, avait voulu occulter, en vain…
"Appartenir à un couple, écrit le psychiatre et psychanalyste Robert Neuburger, confère à chacun de ses membres, solidaires l'un de l'autre, une sécurité tant familiale que sociale". Mais, d'après le sociologue François de Singly, "c'est l'inflation des attentes qui rend le couple si instable. Nous investissons beaucoup de faux sentiments, de dépendance à l'autre, dans le mariage en particulier, ce qui serait la raison majeure de nos échecs et de nos divorces".
Refaire sa vie de couple, c'est décider de mettre la barre un peu moins haut, "pour trouver, comme le dit un autre sociologue Jean-Claude Kaufmann, un peu d'assurance, de confort, de sérénité".
Dans une union "sur le tard", la première des contraintes (inhérente au genre) c'est donc assumer son propre vieillissement et celui de l'autre. En effet de miroir, on accepterait ainsi la transformation de la relation…

Retrouver jeunesse et sexualité ?

Comme le mythe de la vie en solo, le mythe de la jeunesse commence à peine à se déliter. C'est que la femme au-delà de cinquante ans n'a rien de la "vieille peau" d'antan… Elle sait prendre soin d'elle et voulant voyager loin avec le nouvel élu de son cœur, ménage sa monture…
Santé, beauté, sexualité… la panoplie anti-âge (du mieux être au mieux vivre) est large, reconnue, utilisée. La presse se fait l'écho des découvertes et des traitements, et les mentalités changent : on ne cache plus son âge, on le revendique presque. Gérer son "capital-corps" fait partie du nouveau code social : dans les salles de gymnastique (où l'on sociabilise, ce qui nous fait grand bien au corps comme à l'esprit), avec les produits cosmétiques (qui tempèrent très nettement les effets du vieillissement cutané), à l'aide des traitements à base d'hormones et de la médecine préventive…

Bien que fluctuant, l'outrage des ans s'observe tour à tour sur la peau, les muscles, les os, le cœur, les hormones, la sexualité. A tout cela, la science apporte aujourd'hui des remèdes. Le THS (traitement hormonal substitutif) a fait ses preuves pour lutter contre certains effets négatifs de la ménopause. Et, pour rester jeune, rien ne vaut l'exercice, physique et intellectuel, mais aussi la sexualité qui, depuis la nuit des temps, en est la parfaite illustration. Contre la baisse du désir, exagérément liée à l'âge, rien ne vaut l'amour… et l'exercice du cœur (sous tous ses aspects) que cela entraîne. Le mot "couple" d'ailleurs vient du mot latin copula, qui signifie lien, liaison, union…
Il apparaît que la vie sexuelle des aînés en 1992 s'est enrichie par rapport à ceux de 1970 : "l'éventail des pratiques amoureuses s'est ouvert, et la satisfaction à l'égard de la sexualité augmenté". C'est un effet de génération lié à la libération des mœurs. Si cette libération a su pleinement profiter à la génération des cinquantenaires, il semble que pour les plus de soixante ans "elle soit arrivée trop tardivement dans leurs vies pour changer leurs habitudes"

Par amour raisonné ou passionné, grand-mère ou pas, on refait sa vie comme on le sent. Et sans souci du qu'en dira-t-on…

Le partage et l'équilibre au quotidien

Est-ce le couple qui est fondateur de nos structures sociales, ou la famille ?
Chez les primates, la réponse est claire : 17 % d'entre eux sont monogames, mais mâles et femelles ont plusieurs partenaires au cours de la vie. Le temps de la sexualité et de la reproduction.
Chez les humains, si l'homme peut procréer à tout âge, ce n'est pas le cas de la femme : alors pourquoi refaire sa vie en duo au-delà de 50 ans ? Pour prendre enfin le temps d'aimer ? pour échapper surtout à la solitude ? pour réconcilier en toute liberté les aspirations contraires du Je et du Nous.
S'agit-il d'un archaïsme ou d'un signe avant-coureur de profonde modernité ? La question est abordée sous tous les angles. Il est encore difficile de cerner les mouvements contradictoires qui agitent aujourd'hui la conjugalité sociale. Difficile de comprendre ce qui motive le réengagement dans le couple lorsque rien ne vous y oblige…
Jeannine Mossuz-Lavaux, politologue et auteur de "Les femmes ne sont pas des hommes comme les autres", offre une réponse : "le couple va perdurer parce qu'il y a un sentiment qui s'appelle l'amour…, qui est une aspiration fondamentale chez les individus…, et qui concerne le partage du quotidien…".

Et s'il semble irréaliste à nos contemporaines d'envisager une vie commune avec un seul partenaire aussi longue que notre espérance de vie, s'engager sur le tard est peut-être une salutaire façon de rétablir l'équilibre…

On refait sa vie comme on le sent

Le fait de société est donc là : par amour raisonné ou passionné, grand-mère ou pas, on refait sa vie comme on le sent. Et sans souci du qu'en dira-t-on…
D'ailleurs la morale et les mentalités ont bien changé, qui ne s'étonnent plus guère de l'âge de la mariée… Sauf encore de celles qui osent refaire leur vie avec des hommes plus jeunes qu'elles. Celles-là sans doute sont les vrais ferments de la révolution de demain…

Pour en savoir plus


1. INEP. Population N° 6, 1997.
2. Kaufmann J.C. La femme seule et le Prince Charmant. Nathan, Coll. Essais et Recherches, 1999.
3. de Ladoucette O. Le guide du bien vieillir. Odile Jacob, 2000.
4. Martin C. L'après-divorce : lien familial et vulnérabilité. Presses Université, 1997.
5. Neuburger R. Les nouveaux couples. Odile Jacob, 1997.
6. Salles C, Melchior-Bonnet S. Histoire du Mariage. Editions de La Martinière, 2000.
7. de Singly F. Libres ensemble. Nathan, 2000.
8. Sullerot E. La crise de la famille. Fayard, 1997.


 

 

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