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Le tabagisme au féminin : l'ennemi numéro 1

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Écrit par Écrit par Yann Cornillier,en collaboration avec le Dr Jean-Louis Guillet (Clinique Internationale)

femme, tabac, cigarette, cancerLe tabagisme devient un véritable fléau chez les femmes, qui rattrapent d'année en année les hommes dans le triste bilan des décès par cancer du poumon. Moins grave, mais un argument de poids, le tabac abîme votre peau, noircit vos dents, accélère le vieillissement... Il devient urgent que tous se mobilisent, femmes, conjoints, proches, médecins...

Avenirs de femmes n°14 / 2004

A ce jour, le tabac est la première cause de mortalité en France, devant l'alcool et les accidents de la route. Chaque année, depuis 20 ans, 60000 personnes, dont 5000 femmes, meurent de maladies liées au tabac, ce qui équivaut, en "unités de catastrophes récentes", à 4 canicules par an. Triste bilan qui n'empêche pas 13 millions de Français de fumer, dont un quart de Françaises. Entre 1983 et 2000, le nombre de décès par cancer du poumon lié au tabac a été multiplié par 5 chez les femmes de moins de 45 ans. Et les perspectives d'avenir ne sont guère plus encourageantes : en 2005 ce chiffre devrait même dépasser le nombre de décès par cancer du sein, pour être multiplié par 10 d'ici 2020.
Une véritable catastrophe sanitaire se prépare à court terme et peu de personnes en sont vraiment conscientes. Pourtant, les risques pour la santé sont graves et biens connus. Au-delà des cancers et autres maladies mortelles, on observe chez la femme des pathologies de la grossesse, des troubles gynécologiques, dermatologiques et bucco-dentaires, des risques en complet décalage avec les aspirations esthétiques et médicales actuelles des femmes.

Quels sont les effets du tabac sur votre santé ?

Le risque de développer certains cancers


Ce n'est pas nouveau, mais il est intéressant de rappeler qu'une cigarette contient un bon nombre de substances cancérigènes et mutagènes (encadré ci-dessous). Ainsi, depuis une dizaine d'années, le nombre de cas de cancer liés au tabac n'a cessé d'augmenter dans la population féminine. Le tabac favorise, en effet, en plus du risque du cancer du poumon, l'émergence des cancers du col de l'utérus et de la vessie. Ainsi, le tabagisme est le facteur de risque reconnu le plus important des cancers de la vessie chez la femme ; il est responsable de plus de la moitié de ceux-ci. L'extension épidémique du tabagisme féminin depuis une trentaine d'années laisse présager, dans les années à venir, une inflation dramatique de ces cancers chez les femmes, en particulier du cancer de la vessie, les femmes y étant plus sensibles que les hommes. En revanche, il n'a pas été prouvé de responsabilité du tabac vis-à-vis du cancer du sein. Les publications sur ce sujet montrent cependant un pronostic plus sévère chez les fumeuses atteintes de cancer du sein.

Des risques cardiovasculaires

Les risques cardiovasculaires, comme l'infarctus du myocarde ou les accidents vasculaires cérébraux (AVC), sont dramatiquement plus élevés chez les femmes fumeuses. Et les femmes tabagiques diminuent considérablement leurs risques cardiovasculaires en arrêtant de fumer. Ce risque est très augmenté chez les fumeuses sous contraception orale (beaucoup plus élevé que chez les non-fumeuses prenant la pilule). Tabac et pilule ne font donc pas bon ménage. Si le risque d'infarctus est proportionnel au degré d'intoxication au tabac (nombre de cigarettes fumées chaque jour), il augmente aussi avec l'âge : chez une fumeuse prenant la pilule, il est multiplié par 10 avant 35 ans et par 100 après 35 ans. Quant au risque d'AVC, il est multiplié par 2 en cas de contraception orale et par 5 en cas de tabagisme.

Ce qu'on trouve dans une cigarette...

- Acide cyanhydrique (employé dans les chambres à gaz)
- Acétone (dissolvant)
- Toluidine* (colorant synthétique)
- Ammoniac (détergeant)
- Naphthylamine* (dérivé du naphtalène)
- Méthanol (carburant pour fusée)
- Uréthane* (vernis isolant)
- Pyrène* (hydrocarbure)
- Toluène (solvant industriel)
- Diméthylnitrosamine (caoutchouc, pneu, huile de coupe synthétique)
- Arsenic (poison violent)
- Naphtalène (antimite)
- Nicotine (utilisée comme herbicide et insecticide)
- Phénol (dérivé d'hydrocarbures)
- Cadmium* (utilisé dans les batteries)
- Butane (combustible gazeux)
- Polonium 210* (élément radioactif)
- Monoxyde de carbone (gaz d'échappement)
- Benzopyrène* (hydrocarbure, présent dans les goudrons)
- DDT (insecticide extrêmement toxique)
- Chlorure de vinyle* (utilisé dans les matières plastiques)
* substances cancérigènes

Des troubles gynécologiques


En premier lieu, les fumeuses présentent une altération de leur fécondité, significativement plus souvent que les non-fumeuses. Ceci est dû essentiellement aux multiples agents mutagènes contenus dans la fumée de cigarette. Des troubles de l'ovulation, accompagnés de troubles menstruels, de douleurs, de cycles irréguliers et d'un syndrome prémenstruel, une augmentation des fausses couches et des grossesses extra-utérines, et une mauvaise réponse à une fécondation in vitro (FIV), sont les phénomènes le plus clairement observés. A terme, apparaissent également des altérations du vieillissement gynécologique avec des troubles de la production des estrogènes - une hypoestrogénie notamment - entraînant des irrégularités menstruelles, une apparition plus précoce de la ménopause, une diminution de la masse osseuse (avec un risque d'ostéoporose), et des modifications cutanées.

Tabac et grossesse = danger

Les conséquences du tabac sur une grossesse sont dramatiques, et pourtant environ un tiers des femmes enceintes fume au début de la grossesse et 70 % d'entre elles continueront à fumer jusqu'à l'accouchement. Le tabagisme passif, encore plus que jamais, doit également être pris en compte. Les complications sont essentiellement vasculaires et dépendent de la dose de tabac. S'y ajoutent des risques accrus d'accouchement prématuré (2 fois plus fréquent chez les fumeuses), de rupture prématurée des membranes, d'hypotrophie foetale (risque multiplié par 2, avec un poids moyen néonatal diminué de 300 à 400 g), d'hématome rétroplacentaire (risque multiplié par 2), de retard de croissance intra-utérine et de mortalité périnatale. Le tabagisme entraîne également des conséquences tératogènes (c'est-à-dire un risque de malformations), avec notamment apparition plus fréquente de becs de lièvre, et des effets carcinogènes. L'apparition de certains cancers chez les enfants ou les adolescents pourrait ainsi être liée au tabagisme passif de la mère, et cette conséquence semble se révéler beaucoup plus importante que les risques de cancer du vagin qui avaient été signalés chez les filles de femmes ayant pris le fameux distilbène lors de leur grossesse. Tout ceci montre que l'arrêt de la consommation de tabac en prévision et/ou en cours de grossesse est une priorité absolue.

Une altération de la peau

Peut-être moins grave, mais tout aussi impressionnant, le tabac entraîne clairement des dommages au niveau de la peau, si chère aux yeux des femmes. Essentiellement, on observe un vieillissement cutané prématuré, l'apparition plus fréquente d'acné, de psoriasis et de la maladie de Verneuil (une affection dermatologique se traduisant par des abcès dans les grands plis du corps), et une mauvaise cicatrisation après une chirurgie.

Des troubles bucco-dentaires

D'une manière générale, la consommation de tabac aggrave les troubles bucco-dentaires, avec des infections chroniques ou tout simplement des problèmes d'halitose (la mauvaise haleine).

Tous ces risques en valent-ils la peine ?


Au vu des conséquences entraînées par la consommation de tabac, la prise de risque semble en complète inadéquation avec les préoccupations personnelles, esthétiques et médicales des femmes. Comment bien vivre ses menstruations en étant fumeuse (le tabac entraîne de multiples troubles gynécologiques et ovariens) ? Comment peut-on concilier l'envie d'avoir des enfants et le tabagisme, les risques semblent bien trop élevés et gravissimes pour le foetus ou l'enfant (pourtant 30 % des femmes fument pendant leur grossesse) ? Pourquoi courir après la jeunesse et la beauté et continuer à consommer du tabac ? Il entraîne un vieillissement de la peau, des troubles cutanés, une mauvaise cicatrisation contrariant la moindre chirurgie esthétique... Néanmoins, 58 % des femmes âgées de 15 à 24 ans fument. Et finalement, si nous voulons faire un peu de provocation, après 30 ans de tabagisme, une femme a largement plus de chance de mourir d'une maladie liée au tabac que de n'importe quelle autre maladie (un adolescent fumeur sur quatre mourra avant 65 ans de pathologies directement liées au tabac...).

Ce que vous allez gagner si vous arrêtez de fumer

● 20 minutes après : la tension artérielle et le rythme cardiaque se stabilisent.
● Au bout de 8 heures : les taux sanguins de nicotine et de monoxyde de carbone baissent de moitié, l'oxygénation des cellules redevient normale.
● De 24 heures : le monoxyde de carbone est complètement éliminé, les poumons commencent à éliminer mucus et résidus de fumée.
● De 48 heures : le corps ne contient plus de nicotine, l'odorat et le goût s'améliorent.
● De 72 heures : respirer devient plus facile, les bronches commencent à se relâcher et l'énergie augmente.
● De 2 à 12 semaines : la circulation sanguine s'améliore.
● De 3 à 9 mois : problèmes respiratoires et toux disparaissent, la voix devient plus claire et le fonctionnement des poumons augmente de 10 %.
● De 1 an : le risque d'accident vasculaire cérébral a diminué.
● De 5 ans : le risque de crise cardiaque est 2 fois moins élevé que celui d'un fumeur.
● De 10 ans : le risque de développer un cancer du poumon est 2 fois moins élevé que celui d'un fumeur, le risque d'être victime d'une crise cardiaque redescend au même niveau que celui d'une personne qui n'a jamais fumé.

 

Tout ceci est-il bien cohérent ?

Ces incohérences de comportement sont simples à mettre en évidence, seulement il fallait y penser. Elles ouvrent une nouvelle voie à une stratégie de lutte contre le tabagisme plus douce et plus efficace que les campagnes chocs de ces dernières années, ou les augmentations tarifaires (depuis les dernières augmentations du prix du tabac, la consommation de paquets étrangers a augmenté de 30 %). Cette stratégie mise en place par certains médecins se base sur le rappel de ces incohérences et des risques liés au tabac, lors de chaque consultation médicale. Le gynécologue ou le médecin traitant pourra rappeler que le tabac perturbe les menstruations, le chirurgien esthétique que la cicatrisation est mauvaise du fait de la consommation de tabac, le dermatologue que les problèmes cutanés sont amplifiés par le tabac... La mise en évidence des incohérences étant très bien interprétée par tous lors de sa mise en place, cette nouvelle stratégie a déjà commencé à donner des résultats et ce, quel que soit le milieu socioculturel des tabagiques. Le médecin utilise à la moindre occasion des motifs simples, banals, pour motiver l'arrêt du tabac. Par la suite, s'enclenche un processus de sevrage adapté à chacun et à chaque femme en particulier.

Comment arriver au sevrage tabagique ?

Plusieurs études ont montré que les femmes envisageaient, avec plus de difficultés que les hommes, l'arrêt du tabac. Les principales inquiétudes rencontrées sont la crainte d'une prise de poids, la difficulté d'entretenir des relations sociales avec des amis fumeurs, le manque de confiance en soi, et surtout la peur d'être démunie face aux situations stressantes indépendantes de leur volonté. En effet, beaucoup de femmes utilisent la cigarette comme une sorte de "médicament" antidépresseur, anti-stress ; le tabac devient alors un support important. Le médecin doit être attentif à ce phénomène pour traiter, en même temps que le sevrage tabagique, le stress, voire la déprime ou la dépression. Les femmes désirant cesser de fumer consultent généralement en premier lieu leur médecin traitant, ce qui n'empêche pas les autres médecins rencontrés de ne pas manquer une occasion de rappeler les risques liés au tabac et d'en motiver l'arrêt. Les femmes attendent du médecin qu'il les appuie dans leur démarche et les comprenne. Il est donc important que celui-ci ait, dès le début du sevrage, une approche basée sur le respect de la femme et sur la compréhension de ses difficultés spécifiques. Une étape de préparation au sevrage est donc essentielle.

L'étape de préparation au sevrage

Cette étape consiste surtout en un interrogatoire et des tests d'addiction au tabac. Le médecin doit relever les préoccupations de la femme fumeuse, qui pourraient la faire renoncer : la prise de poids, le manque de confiance en soi, le stress, un état dépressif, etc. Il doit également s'assurer de sa motivation et de son engagement en relevant les préparatifs qu'elle fait pour cesser de fumer. Le test de Demaria, Grimaldi et Lagrue permet ainsi de mesurer son degré de motivation. Un bon moyen pour motiver l'arrêt du tabac est de calculer scientifiquement le degré d'addiction et d'intoxication au tabac. Il existe un questionnaire, le test de Fagerström, permettant de calculer le degré de dépendance à la nicotine. Vous pouvez vous évaluer grâce à ces deux tests largement diffusés (notamment sur le site medecine-et-sante.com).
Plus scientifique, une autre méthode est basée sur la mesure en ambulatoire du taux d'oxyde de carbone (CO) dans l'air expiré (en ppm). L'utilisation de l'analyseur de CO réintroduit ainsi le médecin dans une démarche diagnostique habituelle. Cette méthode permet de cerner davantage le degré d'intoxication tabagique que le nombre et le type de cigarettes fumées.

Les conseils pour un sevrage réussi

La majorité des fumeuses voient leur poids augmenter de 2 kg ; très peu d'entre elles (moins de 4 %) vont accuser un gain de poids de plus de 9 kg. Néanmoins, il est préférable de ne pas associer à la tentative d'arrêt du tabac un contrôle du poids, et d'attendre que l'abstinence soit bien établie pour que le régime se révèle efficace. La femme fumeuse sera même encouragée si elle apprend que l'arrêt du tabac amène des changements positifs dans le profil lipidique et la répartition des tissus adipeux. Le soutien psychologique est important. Il s'agit d'aider la femme à avoir confiance en elle et de l'aider à trouver de nouveaux moyens de s'adapter au stress, à rechercher un soutien social, ou d'autres femmes qui sont ou qui se sont retrouvées dans la même situation. Dans le cas d'un véritable état dépressif, il est nécessaire d'envisager une consultation auprès d'un psychologue. Si cela se révèle nécessaire, il est important de proposer une thérapie de remplacement à la nicotine (patch, gommes...). Enfin, assurer un suivi et offrir son soutien à la fumeuse semble être la dernière mais essentielle mission du médecin dans un sevrage tabagique. Le médecin peut aider nombre de femmes à se libérer du tabac ne serait-ce qu'en les écoutant et en les encourageant à trouver leurs propres solutions. La fumeuse peut ainsi exprimer les difficultés particulières auxquelles elle fait face et cheminer vers l'abandon du tabac.

 

EN SAVOIR PLUS

Tabac Info Service : 0 825 309 310 (du lundi au dimanche de 8h à 22h ; 0,15 € (/min)), service national, professionnel et anonyme d'aide à l'arrêt
Drogues Alcool Tabac Info Services : 113, service national d'écoute téléphonique anonyme et gratuit 24h/24
Centres de consultation de tabacologie : pour connaître le centre le plus proche, appelez Tabac Info Service

Sur le web
- www.sante.gouv.fr/htm/pointsur/tabac
Dossier consacré au tabagisme, sur le site du ministère de la santé
- www.inpes.sante.fr
Pages consacrées au tabac, nombreux documents interactifs
- www.tabac-info.net
Centre de ressources en ligne sur le tabac et la santé
- www.drogues.gouv.fr
Rubriques consacrées au tabac, questions/réponses
- www.stoptabac.com
Divers programmes de sevrage personnalisé
- www.medecine-et-sante.com
Dans la rubrique "Tests & calculs", retrouvez le test de motivation de Demaria, Grimaldi et Lagrue (cliquez sur "Evaluez vos chances de réussite du sevrage tabagique") et le test de Fagerström (cliquez sur "Test de dépendance à la nicotine")
- www.ligue-cancer.asso.fr
Site de la Ligue contre le cancer

 

Dernière mise à jour : ( 26-11-2008 )
 

 

Date de la dernière mise à jour du site : 15-02-2010

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