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En France, nous nous sommes déjà offert une génération en l'espace d'un siècle… C'était inattendu, c'est un cadeau explosif. Au Nord de la planète, nos espérances de vie sont en plein essor. Mais l'envol vers le troisième millénaire ne s'annonce pas sans turbulence pour autant. Avenirs de femmes n°10 / 2001
Dans nos sociétés occidentales, le vieillissement - de l'individu comme des populations - est un phénomène très récent. Depuis le début du xxe siècle, avec la baisse de la mortalité infantile, puis la chute des naissances et le recul en âge de la mort, notre espérance de vie s'est (presque) grande ouverte. Ainsi, la société d'aujourd'hui est-elle multi- et intergénérationnelle. Dans une même famille, 4 générations peuvent se côtoyer, demain elles seront 5… Un enfant né en 2000 (et peut-être unique) risquera fort de se perdre dans le décompte de ses aïeux… à l'inverse des siècles précédents, où les plus âgés se perdaient dans l'évaluation de leur progéniture. L'âge n'est plus le critère déterminant de nos modes de vie, et l'on assiste à une véritable mutation des réseaux institutionnels, familiaux, relationnels. Repousser le cap de la vieillesse La sénescence, processus physiologique hétérogène et continu, est programmée dès notre naissance : notre âge biologique maximum se situerait - si tout va bien - autour de 120 ans, ou même 150 ans, selon certains chercheurs! Les progrès constants de la médecine, les améliorations de notre mode de vie, de notre alimentation, nous font approcher de plus en plus cette limite programmée. Grâce à ces avancées, notre "âge social" progresse de plus en plus lentement ; nous prenons nos aises.Plusieurs vieillesses se chevauchent, plus ou moins réussies selon les paramètres croisés de l'appartenance et de la compétence : professionnelles, socio-économiques, culturelles, affectives. Le nouveau critère déterminant de la vie en société, c'est la faculté d'anticiper et d'intégrer les changements ; chacun continuant d'être dans la logique de ce qu'il a été.On assiste alors à une double tendance : d'un côté un goût affiché pour le "jeunisme", de l'autre une dévalorisation du grand âge, avec sa dépendance et la tendance à l'hypermédicalisation. Une population charnière : les seniorsSi l'on considère la population charnière que constituent aujourd'hui les seniors, elle est riche de perspectives. Fait révélateur, c'est juste au milieu de la tranche 50-70 ans qu'intervient le passage à la retraite : doit-on penser qu'aux yeux de la société, il ne s'agit plus d'un effet couperet ?Ce que l'on appelle aujourd'hui "la révolution de la longévité" ou "révolution grise" concerne bien les 50-70 ans. Ils ont fait le baby-boom de l'après-guerre, ils feront leur "papying out" en 2006. Au siècle dernier, à cet âge-là on était vieux et "hors système" ; de nos jours on est un senior, pas plus mal inséré qu'un jeune dans la société, et l'on pense qu'être âgé, cela ne commence que beaucoup plus tard… Souvent décrite comme "génération-pivot", cette tranche d'âge est la première à ouvrir le cadeau du siècle : ce "capital-temps", entre jeunesse et vieillesse… Les seniors sont actifs, dynamiques, bons consommateurs. A ce titre ils représentent une population qu'on observe à la loupe. La retraite ? Presque considérée comme un nouveau départ, elle est anticipée, préparée, voire souhaitée. Seule ombre au tableau mais de taille : le montant et le système en vigueur. En 2040 il y aura en France 4 inactifs pour 1 actif. D'où l'actualité permanente de la question : qui paiera ? La question reste ouverte… Les seniors font évoluer le sens du travail vers l'utile, l'agréable, et l'engagement : une autre façon de "gagner sa vie", hors rémunération. Ils établissent de vraies passerelles entre activités professionnelles et bénévoles : contacts école-entreprise, conseils de sage, vie associative… jusqu'au rôle de grand-mère de substitution. Entre investissement familial, loisirs, voyages, formations, vie relationnelle… les seniors sont des gens extrêmement occupés et sollicités. Leur circulation au sein de la société repousse bel et bien l'idée archaïque que plus on avance en âge moins on est actif ou productif. Bien au contraire. Les femmes peuvent le mieux en témoigner. Dans les années 70, on parlait de leur double journée de travail, entre le bureau et la maison. Aujourd'hui, elles en sont à leur triple, voire à leur quadruple journée : entre le marteau et l'enclume, elles assument la charge pratique des parents vieillissants, des enfants qui n'en finissent pas de grandir, des petits-enfants accaparants. La "génération sandwich", ce sont les femmes. Et cependant… la valeur à laquelle elles restent le plus attachées, c'est la famille : à 60 % contre 50 % pour les hommes. Ainsi, les seniors semblent développer des valeurs communes, fondées sur la participation, l'échange, le partage…, et la recherche d'un mieux-être qui passe par le corps, mais aussi par l'esprit. Le bien-manger, dont les effets sur la qualité du vieillissement ont été largement diffusés, les concerne au premier chef. Les produits biologiques ou diététiques, les vitamines, les alicaments (aliments "pour soigner"), seront d'autant plus préférés qu'on est aisé et instruit. Santé, argent, bonne apparence et vitalité sont les 4 composantes d'une longévité souriante. Au carrefour de ces chemins se niche le grand rêve de l'éternelle jeunesse… Eternelle sûrement pas, mais prolongée c'est une quasi-certitude : la science s'en occupe. Des fontaines de jouvence ?Là aussi, les femmes se distinguent des hommes : à 50, 60 ou 70 ans, si elles ne se sentent pas vieilles dans leur tête, elles se sentiraient plus mal dans leur peau. La longévité d'accord, mais sans l'outrage des ans. C'est ce qui explique l'engouement actuel pour les produits "anti-âge" et les traitements à bases d'hormones. Dans le domaine de la nutrition (avec les "micro-nutriments") comme en cosmétologie, la vogue actuelle concerne tout ce qui permet de "piéger" ces fameux radicaux libres, agents des plus actifs (oxydants) de notre vieillissement cellulaire. Tout ce qui est à base de vitamine E, C, ou A, ou de sélénium est donc appelé à un brillant avenir. Prometteuse, pour lutter contre les effets du temps, une hormone de "jeunesse", la DHEA, découverte par le professeur Etienne-Emile Beaulieu en 1959. Une grande étude a révélé des résultats intéressants de la DHEA chez les femmes, sur l'os, la qualité de la peau, la libido. C'est dans ce domaine que la recherche scientifique est la plus active. Beaucoup de produits sont déjà en vente libre Outre-Atlantique (de façon un peu anarchique) et dans quelques pays européens. En France, ils sont encore sur les "starting-block"… Les effets de l'hormone de croissance et de la mélatonine sont encore à l'étude et suscitent un réel intérêt. Mais le seul traitement hormonal ayant véritablement fait ses preuves reste le "THS", le traitement hormonal substitutif de la ménopause, qui rétablit l'équilibre physiologique grâce à l'apport d'un estrogène et d'un progestatif. Enfin, comment ne pas citer le Viagra® ? S'il a défrayé la chronique, il semble que ce soit à juste titre. Mais tous les seniors ne sont pas logés à la même enseigne, et en France on se montre beaucoup plus réservé qu'en Amérique dans sa consommation. Question de culture ou d'alcôve ? Prévenir : un état d'esprit Pour bâtir une nouvelle organisation de société, la prévention apparaît fondamentale. Pour les dépenses publiques de santé, elle constituerait un réel facteur d'économie. Pourtant, la gérontologie n'est pas encore reconnue comme une spécialité médicale ; étonnant, lorsqu'on sait que notre période de "vieillissement" s'étale déjà sur 10, 20, voire 30 ans… Pour les femmes c'est vraiment dès le plus jeune âge qu'il s'agit d'anticiper l'avenir. L'ostéoporose (tassements vertébraux qui touchent 1/3 des femmes de plus de 65 ans) sera d'autant mieux enrayée qu'on donnera dès l'enfance de bonnes rations de calcium et, qu'après la ménopause, elles suivront un traitement hormonal substitutif. Quant au dépistage précoce du cancer du sein (une femme sur neuf entre 40 et 70 ans), il permet un taux de guérison de 90 %. Prévoir, planifier, s'adapter c'est un état d'esprit qui tend à devenir moteur dans les comportements sociaux. Particulièrement chez ceux pour qui l'on a inventé ce nouveau mot de seniors.
Vers une nouvelle organisation de société ?La longévité pose un vrai défi d'organisation de société, crucial dans les domaines de la santé publique et des systèmes de retraite. Les enjeux et les circuits de ce nouveau marché sont extraordinairement complexes et segmentés. Nombre d'experts mondiaux (scientifiques, sociologues, architectes, économistes…) planchent sur le sujet. Dans tous les secteurs, on réfléchit, on propose, on innove. La synergie des compétences et des moyens est une vraie priorité. Les choix à faire pour demain étant à la fois éthiques et politiques, la demande d'engagement et de régulation par les pouvoirs publics s'exprime très fortement. Or, l'Etat comme les collectivités territoriales apparaissent "submergés" par le phénomène. Selon une étude menée par Ernst & Young dans 7 pays d'Europe, «la France est en retard sur la manière dont les pouvoirs publics anticipent l'impact de la longévité». Notamment en ce qui concerne la gestion de l'extrême vieillesse. Le problème du "très grand" âge : la dépendance Après cette période où l'on est un senior, le nouveau cap à franchir, c'est la grande vieillesse. Et la qualité de la vie de ceux qui sont "au bout du rouleau". Le maître mot auquel on ne peut échapper sera la "solidarité", pour permettre aux vieillards de rester autonomes jusqu'au bout. Une gageure… D'autant que, faute de soutiens financiers et de structures sociales adaptées, on compte encore beaucoup sur la famille et l'entourage. Près de 4 000 000 de nos concitoyens ont franchi le cap des 80ans. 1 500 000 d'entre eux vivent en état de dépendance et l'on estime qu'en 2040 ils seront près de 5 000 000. Ce sont eux les vrais "laissés pour compte" de la longévité. Selon l'INSEE, 30 % des octogénaires dépendants restent aujourd'hui confinés chez eux, dont 8 % dans leur lit ou leur fauteuil, et la vie sociale des plus de 80 ans se limite à 5 contacts par semaine… Etre vieux n'est pas une maladie en soi. Mais celles qui apparaissent avec le grand âge et achèvent la vie sont des pathologies "lourdes" : maladies cardiovasculaires, cancers, démences (dont la maladie d'Alzheimer qui touche 20 % des plus de 80 ans). La continuité des soins nécessitera toute une coordination médicale et sociale, entre hôpital, domicile et institution spécialisée. Le fonctionnement en réseau et le suivi global : c'est l'objectif des "plateformes gérontologiques" qui se créent actuellement au niveau territorial. Et si les services d'aide à domicile (restauration, services de transport, gardes de jour et de nuit, téléalarme… jusqu'à l'accueil temporaire en "halte-garderie") sont déjà bien rodés, ils requièrent une vraie formation des intervenants et une implantation plus large et homogène. Au rythme des progrès de notre civilisation, nous voyageons avec notre "espérance" de vie, au rythme des progrès de notre civilisation. Le phénomène de la longévité s'accélère, tandis que nous vieillissons plus lentement… c'est à la fois un paradoxe et, pour nos sociétés, un véritable casse-tête. Mais c'est un fait, et un formidable acquis à l'échelle humaine. Pour le reste, Sénèque l'avait dit, il y a deux mille ans : «la vie ressemble à un conte : ce qui importe ce n'est pas sa longueur c'est sa valeur…»
Pour en savoir plus : • O de Ladoucette. Le guide du bien vieillir. Odile Jacob, 2000. • F Forette. La révolution de la longévité.. Grasset, 1997. • Des lieux et des modes de vie pour les personnes âgées. Erès, coll. Pratiques du champ social, 2000. • F Bina-Polinsky. La nouvelle femme de 50 ans. Ellébore, 1997.
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