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A la ménopause, 75 % des femmes subissent les désagréments des bouffées de chaleur (1). Ces brutaux phénomènes peuvent se répéter plusieurs fois la nuit, et même dans la journée, créant un réel inconfort et une gêne permanente. Le Dr Christian Jamin, gynécologue, nous propose de faire le point sur ce sujet.
Les bouffées de chaleur : qu’est-ce que c’est ?Normalement, notre organisme maintien une température corporelle autour de 37°C grâce aux variations du débit sanguin au niveau de la peau. Plus l’organisme se réchauffe (chaleur extérieure, exercice physique, fièvre…), plus les vaisseaux sous-cutanés vont se dilater. Il se produit alors une sudation, qui entraîne l’abaissement de la température corporelle. Les estrogènes (hormones sexuelles féminines) interviennent naturellement dans la régulation de la température du corps. Or, au moment de la ménopause, la concentration en estrogènes diminue, ce qui modifie la régulation de la température corporelle, et entraîne des bouffées de chaleurs. Celles-ci sont plus ou moins fréquentes selon les femmes.
Qui est concerné ?Les bouffées de chaleur font partie de ce que l'on appelle les troubles du "climatère". Elles concernent 46 % (2) des femmes au moment de la ménopause. Ces troubles durent plus de 5 ans pour la moitié des femmes concernées, et plus de 10 ans pour un tiers d’entres elles (1). Ces troubles commencent avec les irrégularités menstruelles (1).
Comment se manifestent les bouffées de chaleur ?Les bouffées de chaleur peuvent se manifester le jour ou la nuit. Vous ressentez alors une brusque sensation de chaleur au niveau du décolleté, du cou et du visage. Elles sont souvent accompagnées d’une rougeur de la peau et de sueurs. Même si elles durent tout au plus que quelques minutes, les bouffées de chaleur sont extrêmement gênantes. Toutes les femmes ne réagissent pas de la même façon, si certaines ont plusieurs dizaines d’épisodes de bouffées de chaleur par jour, d’autres sont très peu affectées et ne feront que quelques épisodes. Lorsque ces phénomènes surviennent la nuit, les femmes peuvent se réveiller en sueurs, au point de devoir changer de vêtements, voire de draps, en pleine nuit. Elles ont alors un sommeil perturbé, engendrant fatigue et irritabilité durant la journée. Les bouffées de chaleur intervenant le jour sont tout aussi incommodantes car elles peuvent perturber un rendez-vous, une activité, un déjeuner…
Existe-t-il un traitement efficace ?C’est la carence en estrogène liée à la ménopause qui engendre ces bouffées de chaleur. Le traitement hormonal de la ménopause (THM) - encore appelé traitement hormonal substitutif (THS) - est le traitement classique des troubles liés à la ménopause, parmi lesquels les bouffées de chaleur. Ce traitement associe un estrogène naturel à un progestatif. L’efficacité du THM sur les bouffées de chaleur est solidement établie : ces troubles deviennent moins fréquents et moins sévères. Tous les types d’estrogène (à l’exception de l’estriol) sont considérés comme équivalents en termes d’efficacité pour le traitement des bouffées de chaleurs. Ce type de traitement peut nécessiter une adaptation des doses pour répondre au mieux à chacune. Alors, n’hésitez pas à parler de l’évolution de vos symptômes à votre médecin, pour qu’il puisse réajuster votre traitement au besoin (attendre 3 mois pour le plein effet).
Ainsi, le traitement hormonal (estradiol et progestatif) reste le traitement le plus adéquat pour les bouffées de chaleurs invalidantes. En 2003, l’Emea (Agence Européenne du médicament rebaptisée aujourd’hui EMA) et l’Afssaps (Agence française de sécurité sanitaire des médicaments) ont émis les mêmes recommandations : • Le THS ne doit pas être prescrit ou renouvelé de façon systématique. • Le THS n’est pas recommandé chez les femmes qui n’ont pas de symptômes. • Le THS peut être prescrits en cas de "troubles climatériques" gênants, en particulier les bouffées de chaleur, retentissant sur la qualité de vie. • La personne traitée doit être informée et volontaire • Le THS doit être prescrit ou renouvelé à la dose minimale efficace • La durée du traitement doit être la plus courte possible et limitée à la durée des troubles gênants. • Il faut réévaluer régulièrement, au moins chaque année, l’intérêt de la poursuite du traitement chez la femme ménopausée entre 50 et 60 ans.
Quels sont les autres traitements possibles ?Il n’existe plus qu’un seul produit non hormonal pouvant être prescrit pour le traitement des bouffées de chaleur : la bêta-alamine (connu sous le nom d’Abufène).
D'autres médicaments non hormonaux ont montré une certaine efficacité dans le traitement des bouffées de chaleur, comme certains anti-hypertenseurs ou antiépileptiques. Côté phytothérapie, les phytoestrogènes des extraits de soja, de trèfle violet de houblon de lin ou de l’actée peuvent être utilisés.
D’autres types de médecine peuvent également être proposés, comme l’acupuncture, l’homéopathie ; elles permettent de réduire les bouffées de chaleurs nocturnes.
Dr Christian Jamin :
« La première préoccupation du gynécologue est de soulager la femme qui consulte pour des troubles liés à la ménopause. Les bouffées de chaleur font partie des principaux troubles climatériques. Après un interrogatoire, un examen clinique, et en l’absence de contre-indications, une femme peut bénéficier d’un THM pour être soulagée efficacement des bouffées de chaleur. Le THM est un traitement de choix pour soulager rapidement les bouffées de chaleur chez la plus grande partie des femmes car il présente dans cette indication une grande efficacité. N’oublions pas que ce traitement présente également l’avantage d’agir sur les autres symptômes liés à la ménopause (sécheresse vaginale, libido…), et a un rôle préventif sur les troubles coronariens et l’ostéoporose. C’est un traitement particulièrement intéressant les dix premières années suivant la ménopause. »
Comment prévenir les bouffées de chaleur ?Il est bien difficile de les éviter. Certains conseils d’hygiène de vie seraient susceptibles de permettre de diminuer leur fréquence et leur intensité, comme : • Eviter les repas trop copieux, les excitants (épices, alcool, thé, café …) • Eviter les bains et douches chaudes, ainsi que les saunas • Faire de l’exercice • Arrêter de fumer • Baisser le chauffage en hiver • Dormir dans une pièce fraîche l’été • Eviter de porter des vêtements qui favorisent la macération (trop serrés, fibres synthétiques…) • Eviter les situations de stress
En cas de bouffées de chaleur, n’hésitez pas à consulter. Des solutions efficaces existent.
Références 1. Tamborini A. Ménopause, THS et ostéoporose post-ménopausique aujourd’hui : aspects pratiques. Réalités en Gynécologie-Obstétrique 146 mai/juin 2010. 2. Greendale GA, Reboussin BA, Hogan P et al. Symptom relief and side effects of postmenopausal hormones: results from the postmenopausal estrogen/progestin interventions trial. Obstet Gynecol 1998 ; 92 : 982-8. |