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Le THS en 2008 - Où en sommes-nous ?

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Écrit par Dr Marie-Christine MICHELETTI (Monaco)

Des avis de tempête, après la médiatisation d'une étude américaine, aux résultats des études récentes, que faut-il retenir du traitement hormonal substitutif de la ménopause ?

Avenirs de femmes n°17 - 2008  

ETUDE WHI, 2002 : Tempête sur le THS

En 2002, l’arrêt prématuré de l’étude WHI (Women’s Health Initiative), étude américaine conduite chez 16 000 femmes ménopausées traitées par un THS “américain” ou un placebo, interrompue après 5 ans de suivi (initialement 8 ans prévus) en raison d’une augmentation du nombre de cancers du sein, d’infarctus du myocarde et de thrombo-embolies veineuses (phlébite, embolie pulmonaire), avait jeté le feux aux poudres ! Ces résultats ont été très largement médiatisés (presse grand public, TV, radio, Internet) et de nombreuses femmes se sont trouvées dans le désarroi le plus complet. En effet, la presse médicale ayant diffusé ces résultats souvent après les journaux grand public, les médecins disposaient de peu d’éléments pour juger des résultats. Au total, de nombreuses femmes angoissées ont arrêté leur THS brutalement. L’année suivante, c’est la Million Women Study, cette fois conduite au Royaume-Uni, qui rapportait une augmentation du risque de cancers sous THS. Ainsi se sont succédées, de 2002 à 2004, des données “alarmistes” concernant le THS…, mais toujours des données anglo-saxonnes non extrapolables aux populations françaises (antécédents médicaux différents, caractéristiques morphologiques différentes, beaucoup moins d'obèses notamment et THS différents).

Ths cancer sein

 

 

 

2004 : Mobilisation des gynécologues français autour de l'étude MISSION 

C'est dans ce contexte chahotique et en l'absence de données françaises publiées, que la Fédération Nationale des Collèges de Gynécologie Médicale a décidé de réaliser une étude française avec des THS "à la française", l'étude MISSION. Etude menée depuis janvier 2004, par 800 gynécologues exerçant en cabinet de ville pour la majorité, sur l'ensemble du territoire, elle suit plus de 6600 femmes ménopausées, traitées ou pas par un THS "à la française", c'est à dire un estrogène naturel seul, si la femme a eu l'ablation de l'utérus, ou associé, dans le cas contraire, à un progestatif couramment utilité en France (ils sont nombreux). Cette étude est réalisée par des gynécologues volontaires et bénévoles, qui ont pris sur leur temps pour remplir un premier questionnaire de plus de 40 questions, à l'inclusion de leurs patientes, et un deuxième l'année suivante, pour connaître l'évolution de santé de ces femmes et notamment la survenue ou non d'un cancer du sein, qu'elles soient ou pas traitées par THS.

Après l’inclusion des patientes, une première photographie de la pratique des gynécologues au cours des 10 dernières années a pu être fournie, puisqu’en moyenne les femmes étaient traitées depuis près de 8 ans. Pas de sur-risque de cancer du sein enregistré chez ces femmes suivies par un gynécologue, traitées pour la plupart dès le début de leur ménopause, par rapport aux femmes n’ayant pas reçu de THS*. Ces premiers résultats encourageants ont mis en exergue la bonne pratique des gynécologues qui sélectionnent selon leur état de santé, leurs antécédents familiaux, les patientes auxquelles ils prescrivent un THS et l’adaptent (dose, voie d’administration, type de produit) aux besoins de chaque patiente. Il n’en était pas de même pour les femmes de l’étude WHI qui étaient volontaires pour être incluses dans l’étude car cela leur donnait un accès gratuit aux THS (ce n’est pas le cas habituellement aux USA où la couverture sociale est différente) et qui se sont vu attribuer un THS ou un placebo par tirage au sort, sans se préoccuper de l'existence d'antécédents pathologiques, d'obésité, etc. 

ÉTUDE, WHI, 2007 : des réanalyses réconfortantes

Alors que l’étape suivante de l’étude MISSION se déroulait de Janvier 2004 à Juin 2006, des nouvelles réconfortantes pour les médecins, comme pour les patientes, nous parvenaient des USA. En effet, dès 2005, l’équipe de la WHI publiait une réanalyse des premières données fournies en 2002 et les auteurs ont notamment revu les effets du THS “américain” selon qu’il avait été administré à des femmes ménopausées de 50 à 60 ans, ou 60 ans et plus. Un an plus tard, la même équipe réanalysait les données selon l’âge et l’ancienneté de la ménopause lors de l’instauration du traitement ou du placebo. Toutes ces réanalyses vont dans le même sens : contrairement à ce qui se passe lors de l’instauration du THS à des femmes âgées et à distance de leur ménopause, lorsque le THS est donné à des femmes de 50 à 60 ans ou lors des 10 premières années de la ménopause, il n’y a pas d’augmentation du risque coronarien par rapport au placebo ; il existe même une diminution des calcifications de l’aorte sous THS par rapport au placebo (la calcification des artères correspond aux premiers signes d’installation de l’athérosclérose dont les conséquences sont notamment l’infarctus du myocarde) et une réduction par 2 du risque de démence ! D’ailleurs, une enquête** menée auprès de plus de 10 000 femmes médecins en France, avant la publication de la WHI et réitérée après, a montré que, contrairement à beaucoup de leurs patientes, ces médecins ont continué à utiliser le THS de manière importante dans la prise en charge de leur ménopause. 

Etude MISSION, 2007 : les derniers résultats français

 

 

" Les premiers résultats de l'étude MISSION ont mis en exergue la bonne pratique des gynécologues qui sélectionnent, selon leur état de santé, leurs antécédents familiaux, les patientes auxquelles ils prescrivent un THS et l'adaptent (dose, voie d'administration, type de produit) aux besoins de chaque patiente." 

Dans ce contexte, beaucoup plus serein pour le THS, voici les derniers résultats de l'étude française qui s'est, elle, polarisée sur le risque de cancer du sein.

Les femmes revues en consultation dans le cadre de l'étude MISSION avaient 62 ans en moyenne, elles ont été ménopausées à 50 ans en moyenne, très peu présentaient un surpoids (contrairement aux américaines), mais cette proportion est deux fois moindre chez les femmes sous THS par rapport à celles qui n'en sont pas reçu*. Dans plus de 31% des cas, elles reçoivent leur THS depuis plus de 10 ans. L'incidence du cancer du sein n'est pas différente que les femmes reçoivent (0,6%) ou pas (0,7%) un THS.
Le risque relatif est de 0,9. Il n'existe donc pas, dans cette étude française, de différence de risque de cancer du sein chez les femmes sous THS par rapport aux femmes non traitées, et ce, quel que soit le type de traitement utilisé.

AU TOTAL  

En 2008, suite aux différentes réanalyses de la WHI et aux données de l'étude française MISSION, on peut penser que :

- les gynécologues français ont, ces dernières années, prescrit des THS "à la françaises" (estrogène naturel avec ou sans progestatif couramment utilisé en France) aux femmes présentant des bouffées de chaleur ou l'un des nombreux symptômes de la ménopause (sueurs nocturnes, sécheresse vaginale, arthralgies, syndrome dépressif, etc ...) et sans contre-indication majeure au traitement hormonal ; chez ces femmes, ce THS n'a pas engendré de sur-risque de cancer du sein* ;

- l'instauration du THS dès le début de la ménopause - dont on connaît les effets bénéfiques vis-à-vis de l'ostéoporose et sur la qualité de vie des femmes ayant des bouffées de chaleur -pourrait également diminuer le risque d'infarctus du myocarde (or les pathologies cardiovasculaires sont, chez les femmes après la ménopause, responsables d'une mortalité importante) et celui de démence (dont la maladie d'Alzheimer), préoccupation majeure de Santé Publique, aujourd'hui.

 

* soit en raison d'une contre-indication au traitement, soit par souhait personnel.

** Enquête FEMME, réalisée en 2002 et à nouveau chez les mêmes médecins (après la WHI) fin 2003.    

     

 

 

 

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