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Ménopause et Dépression: Mythe ou réalité ?

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Écrit par Dr Michèle Lachowsky (Gynécologue, psycho-somaticienne Hôpital Bichat, Paris)
Chaque femme a sa représentation de sa ménopause, que le médecin aura à charge et à cœur de décoder, d'où l'importance de la "consultation de ménopause".
Le gynécologue est là en première ligne, lui qui connaît souvent l'histoire et les histoires de la famille.
Avenirs de femmes n°10/2001
Les troubles psychologiques rencontrés ici sont-ils tous la conséquence de la carence endocrinienne qui est l'expression de la ménopause ? Non, bien entendu, ils sont aussi d'ordre socioculturel et économique, liés à cette période de la cinquantaine, ce milieu de la vie.

Les plaintes le plus fréquemment rencontrées, en dehors de ce signal-symptôme, cette signature que sont les bouffées de chaleur, concernent essentiellement l'humeur et les appétits. L'installation des troubles est en général progressive, les uns s'ajoutant petit à petit aux autres, ou se potentialisent. En fait, le tout est d'une grande variabilité.
Alors que nous disent-elles, ces femmes qui nous consultent en période péri-ménopausique ou de ménopause confirmée ?

" Je me sens triste, je pleure sans trop savoir pourquoi. Je ne supporte plus la moindre remarque, à la maison comme au bureau, tout me blesse, je ne me suis jamais retrouvée aussi fragile. "
" Je suis si fatigable, je dors très mal, tout ce que je faisais avant sans problème ou même sans y penser demande un véritable effort, je me sens en panne d'énergie."
" Impossible de me concentrer, mon attention ne se fixe pas, je prends le double de temps pour la plus habituelle des tâches, cela va finir par me nuire au travail, d'ailleurs je me demande si on ne va pas me proposer un changement de poste, et sûrement pas en mieux. "
" Mon mari ne me reconnaît plus, il me trouve irritable, et surtout je refuse les rapports ; il voit bien mes stratégies d'évitement, je me couche avant ou après lui, je ne veux même plus qu'il m'embrasse de peur qu'il ne veuille aller plus loin… Jamais je n'ai été ainsi, je me sens un peu coupable, cela me désole pour lui plus encore que pour moi. "
" De toute façon, je vois bien que j'ai pris un coup de vieux, je prends du poids et je n'y peux rien, mes rides se creusent, ma sueur a changé d'odeur, comment voulez-vous que je plaise encore ? Ce qui est sûr, c'est que moi, je ne me plais plus."

Déprime ou dépression ?


Baisse de l'humeur, fatigabilité et idées noires, perte de la libido, culpabilité et détérioration de l'image du corps, voilà bien réunies les caractéristiques de ce que public et médecins nomment couramment "dépression". Mais n'est-ce pas ici seulement un retentissement psychologique et non une dépression, véritable maladie psychiatrique ?

Voilà un distinguo qui est d'importance. Donc tordons le cou à ce vieux mythe :

il semble aujourd'hui communément admis que la ménopause n'est ni la source ni la période élective de manifestations psychiatriques, mais bien de troubles psychologiques liés aux problèmes de la cinquantaine féminine, non seulement au déséquilibre hormonal mais aussi à ses risques, l'entrée dans le temps de tous les dangers sur tous les registres, médicaux et personnels.

Certes la dépression se retrouve deux fois plus souvent chez la femme que chez l'homme, ceci en tenant compte de la fréquence de consultation nettement plus élevée, mais la plupart des études importantes ne donnent que des résultats tous âges confondus. Mais un profil de personnalité dépressive qui ne se révélerait qu'à la ménopause n'a pas été retrouvé.

Une dimension psycho-sociale


En pratique quotidienne, l'épisode dépressif n'est pas toujours fonction de l'intensité des malaises physiques (bouffées de chaleur, insomnie, etc.) ressentis.

En revanche, les événements de vie qui sont une autre dimension de cette période ont souvent un grand impact. On a pu dire que la réalité de la ménopause était double, physique et psychosociale, ou plutôt individuelle et environnementale. Toujours double dans la vision du temps, car le présent, mais surtout l'avenir sont en jeu, avenir sinon inquiétant du moins incertain, exigeant des facultés moins d'imagination que d'adaptation. Celles-ci ne sont pas sans évoquer cette autre période de bouleversements qu'est la puberté.
Seulement voilà, la ménopause a le bon, ou le mauvais goût d'arriver en ce milieu de la vie où les années commencent à imprimer leur poids sur le corps et leurs marques sur le visage, où le monde du travail se fait exigeant ou se ferme, où la relation au sexe opposé, aux enfants, aux parents prend d'autres aspects. C'est notamment une période charnière pour le couple où l'homme doit lui aussi apprivoiser son vieillissement, c'est le temps pour les deux d'un regard autre sur leurs images et sur leurs vies, où tout peut se défaire ou au contraire s'enrichir. C'est aussi le temps où s'en vont, chacun à leur façon, les enfants et les parents. Grand âge des parents, syndrome du nid vide aussi, où la femme se retrouve seule et comme inutile lorsque ses enfants la quittent. Mais aujourd'hui elle souffre moins du départ de ses enfants que de leurs amours sous son toit : comment y retrouver sa place de mère et surtout de femme ?
Dans un autre domaine, peu de travaux font état de l'impact psychosocial et du retentissement psychologique de l'incontinence urinaire. Or, de la simple fuite rare et épisodique à la quasi-invalidité, tout ici est cause de mal-être et de honte, donc parfois supporté dans le silence, augmentant le risque d'engendrer un état d'isolement et de dévalorisation.
 

Le temps de la maturité

On ne guérit pas de la ménopause qui n'est pas une maladie… On la traverse en négociant, d'où les inévitables répercussions sur psyché et soma. Bien plus psychologiques que pathologiques, ces aspects méritent d'être connus et reconnus par une approche qui permettra aux femmes de 50 ans de réaliser qu'elles ont de plus en plus d'atouts dans leur jeu.
Elles sont en effet bien plus jeunes que leurs grand-mères et même leurs mères à âge égal ; elles ont marqué leur temps et pris leur place dans la société, ces femmes qui ne passent plus directement d'une jeunesse forcément séduisante à une vieillesse forcément attristante, du printemps à l'hiver, mais transitent par une maturité aux couleurs de l'automne qui leur sied souvent fort bien.

Le rôle du médecin et sa place dans ce tournant de la vie des femmes est capital, son écoute dans cette "société d'investissement mutuel" qu'est la relation soignant-soigné est sans doute un des garants de la qualité de cette "prolongation" que nous souhaitons pour nos patientes, patientes et non malades. Bien entendu, des femmes ménopausées heureuses, cela existe, nous en avons tous rencontrées et il est permis d'être plus douée pour le bonheur à 50 ans qu'à 25, contrairement aux idées reçues !
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