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A l'aube du 21e siècle, les douleurs féminines, trop souvent subies, sont toujours vécues comme une fatalité. Si le cycle, l'ovulation, les règles sont des phénomènes physiologiques, la douleur qui souvent les accompagnent ne l'est pas. Ainsi, les douleurs de règles - ou "dysménorrhées" -, particulièrement fréquentes, doivent et peuvent être traitées.
Avenirs de femmes n°8 / 1999
Chez la femme, les douleurs de la sphère génitale peuvent être d'origine organique (il existe une maladie sous-jacente), "fonctionnelle" (dérèglement du fonctionnement, sans qu'un problème organique ne soit retrouvé), voire psychiques, les trois types de douleur pouvant par ailleurs être intriqués.
Les femmes et la douleur
Les douleurs de la sphère génitale sont nombreuses et bien différentes les unes des autres. Celles apparaissant au milieu du cycle sont liées à l'ovulation. D'autres se manifestent après cette période et peuvent d'ailleurs persister jusqu'aux règles ; elles correspondent au "syndrome prémenstruel". Les douleurs qui précèdent de peu ou accompagnent les règles correspondent, elles, à la "dysménorrhée". Dans certains cas, les douleurs sont déclenchées par les rapports sexuels. Mais on peut également n'avoir ni périodicité ni facteur déclenchant évident.
A ces douleurs génitales s'ajoutent d'autres douleurs féminines : douleurs mammaires rythmées par le cycle, migraines survenant durant les règles.
Devant chacune de ces douleurs, il est important que le médecin procède à un interrogatoire et un examen clinique approfondis afin d'éliminer une cause organique (une pathologie), voire même "psychologique", et de préciser son origine, car la prise en charge sera différente selon les cas.
A propos des douleurs de règles
La dysménorrhée (du grec : dys = gêne ou anomalie, mên = mois, rhein = écoulement) correspond à l'ensemble des douleurs qui accompagnent ou précèdent les règles.
Elle concerne deux femmes sur trois et, parmi celles-ci, une adolescente sur deux. Mais il est difficile d'apprécier exactement sa fréquence, pour deux raisons essentielles : on constate que le seuil de la douleur est très variable d'une femme à l'autre ; et ce symptôme est fréquemment négligé (car imputé à la fatalité ou encore non reconnu comme "pathologique").
Comprendre la dysménorrhée…
On pense aujourd'hui que cette douleur serait due à un apport insuffisant en oxygène (ou "hypoxie") au niveau des tissus utérins, engendrée par deux phénomènes :
- une contractilité excessive du muscle de l'utérus (le myomètre),
- une contraction des toutes petites artères qui nourrissent le myomètre, liée à une sécrétion excessive de certaines substances appelées "prostaglandines F2-alpha".
Cet excès de prostaglandines explique d'ailleurs certains signes qui accompagnent fréquemment la dysménorrhée (nausées, vomissements ou céphalées).
Les origines de la dysménorrhée
La dysménorrhée des jeunes filles et celle qui apparaît chez les femmes plus âgées n'ont pas toujours la même origine.
Lorsqu'elle débute vers l'adolescence, la dysménorrhée est dite "primaire" ; elle est alors presque toujours "essentielle" : il s'agit d'un trouble isolé, non lié à une pathologie sous-jacente. Elle peut apparaître après les premières règles mais, le plus souvent, elle survient dans les 2 ou 3 ans qui suivent.
Lorsque la douleur apparaît pour la première fois au-delà de la trentaine, il s'agit d'une dysménorrhée dite "secondaire", généralement "organique", c'est-à-dire associée à une pathologie sous-jacente. Les jeunes filles sont plus rarement touchées par ces dysménorrhées organiques.
Une échographie, une hystérographie ou encore une cœlioscopie sont nécessaires si certains signes font penser à une origine organique ; par exemple lorsque les douleurs apparaissent à l'âge adulte, qu'elles augmentent en intensité chaque mois, lorsqu'elles surviennent en fin de règles ou durent plus de 36 heures…
Elles n'osent pas en parler…
Par angoisse, par pudeur ou pour des raisons culturelles, les femmes n'en parlent pas assez facilement. Elles pensent qu'il s'agit d'une sorte de fatalité, " qu'il n'y a rien à faire ", ou " elles ont déjà essayé des médicaments non efficaces ". Près de la moitié des jeunes femmes qui souffrent de dysménorrhée n'a jamais consulté pour ce motif. Certaines ont recours à l'automédication (40 % des femmes), en puisant dans l'armoire à pharmacie des médicaments pas toujours adaptés (comme l'aspirine), d'autres négligent totalement toute prise en charge (un quart d'entre elles).
Pourtant, les médecins disposent de traitements de plus en plus efficaces, agissant sur la cause même des douleurs. |
Les symptômes de la dysménorrhée
Les dysménorrhées correspondent à l'ensemble des douleurs précédant ou accompagnant les règles. Typiquement, la douleur de la dysménorrhée est de type "colique". Elle débute au niveau pelvien (bas-ventre) et irradie vers les régions lombaire ou inguinale. Elle apparaît avec les règles ou dans les heures qui précèdent et dure, en moyenne, 24 à 36 heures.
Cette douleur est rarement isolée ; tout un cortège de signes pouvant l'accompagner (fatigue, malaise général, maux de tête, douleurs au niveau des reins, nausées, vomissements, diarrhées…).
Ces symptômes sont d'intensité variable d'une femme à l'autre, allant du simple inconfort aux douleurs très invalidantes (dans environ 10 à 20 % des cas).
Ses conséquences sur la vie sociale
La dysménorrhée est invalidante et entraîne un absentéisme répétitif chez 10 à 15 % des jeunes filles, 5 à 10 % des jeunes femmes et 2 à 50 % des jeunes mères après la première grossesse (la plupart des dysménorrhées disparaissent après cet événement sauf s'il s'agit de dysménorrhée très importante, ce qui explique ce pourcentage). Le retentissement socio-économique est loin d'être négligeable puisque la dysménorrhée serait à l'origine de 30 millions d'heures de travail perdues dans notre pays !
Mais, au-delà de l'absentéisme, la dysménorrhée entraîne une perturbation de l'activité quotidienne et une diminution de la qualité de vie, non chiffrables bien sûr, mais qui justifient incontestablement une prise en charge thérapeutique.
la douleur féminine : un vécu particulier
Les douleurs liées à la sphère génitale ont une dimension affective et émotionnelle dépassant largement le cadre médical strict. Les mythes et légendes, les cultures et traditions religieuses, les croyances populaires, les rites, les tabous… mais aussi simplement les mots qui ont trait à la féminité, et plus précisément aux règles, occupent une place considérable dans le vécu de ces douleurs. |
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