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THS, cancer du sein et modalités de prescription des gynécologues français

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Écrit par Dr Bertrand GELAS

Dans la lignée de l'étude E3N, les premiers résultats encourageants de l'étude MISSION.

Avenirs de femmes n°16, 2006

   

La publication de 2 études anglo­saxonnes en 2002 et 2003 a très lar­gement influencé la perception et l'attitude des femmes françaises vis-à-vis du Traitement Hormonal Substitutif (THS) de la ménopause, notamment en terme de cancer du sein. Pourtant, l'extrapolation de ces données anglo-saxonnes à la popula­tion française était difficile car les caracté­ristiques des populations étudiées sont très différentes (âge de début de traitement, poids, antécédents médicaux…) et les trai­tements disponibles et prescrits à la grande majorité des femmes sous THS, en France, n'ont pas été évalués dans les études anglo­saxonnes. Il était donc important de disposer de résultats d'études menées chez des femmes ménopausées françaises avec des THS "à la française".

L'étude E3N  

C'est le cas de l'étude E3N, menée chez plus de 50 000 femmes françaises traitées ou non par les différents THS utilisés en France dans les années 90. Cette étude n'a pas retrouvé de risque supplémentaire de faire un cancer du sein avec le THS associant les estrogènes donnés par voie cutanée (sous forme de gel ou de patch) à la progestérone naturelle micronisée.

L'étude MISSION  

L'étude MISSION est une nouvelle étude nationale, qui est menée depuis janvier 2004 par la Fédération Nationale des Col­lèges de Gynécologie Médicale. 800 gyné­cologues, exerçant en cabinet de ville sur l'ensemble du territoire, suivent plus de 6 000 femmes ménopausées. La moitié d'entre elles est ou a été traitée par THS et l'autre moitié n'est pas traitée. Le recrute­ment de ces femmes a été réalisé par tirage au sort. L'originalité de l'étude réside dans son mode de recrutement reflétant la pra­tique des gynécologues, et donc la façon dont les estro-progestatifs sont prescrits en France. Elle nous donne, pour la première fois, une photographie de ce qui s'est passé depuis une dizaine d'années en France chez les femmes ménopausées, traitées ou non, suivies par un gynécologue.

Cancer du sein et THS

Les femmes traitées ont reçu un THS pen­dant 8 ans en moyenne et même, dans 30 % des cas, pendant plus de 10 ans. La surprise de l'étude a été de découvrir que la fréquence du cancer du sein était significativement inférieure chez les femmes traitées par rapport aux femmes non traitées. Ces fréquences sont du même ordre, sans différence significative, en fonction de la nature du THS : estra­diol seul, estradiol + progestérone natu­relle, estradiol + progestatif de synthèse “à la française”. Ces résultats ont conduit les promoteurs de l'étude à comparer les groupes traités et non traités à une population française de réfé­rence, selon une méthode statistique dite “des incidences standardisées”. La fré­quence du cancer du sein retrouvé chez les femmes non traitées est supérieure à celle de la population française de référence ; en revanche, il n'y a pas d'augmentation de fré­quence du cancer du sein dans le groupe traité par rapport à cette même popula­tion de référence.

 Deux raisons pour expliquer ces résultats  

Cette différence pourrait être expliquée par la prise en compte du rapport béné-fices/risques du THS par les gynécologues et la non-prescription du THS en pré­sence de facteurs de risque reconnus de cancer du sein ; mais aussi, peut-être, par un effet du “THS à la française”, qui ne pourra cependant être authentifié que dans la seconde phase de l'étude MISSION qui a démarré et portera sur une période de 3 ans. Pour les experts qui ont analysé les résul­tats de cette étude, les résultats favo­rables mettent en exergue les bonnes pra­tiques des gynécologues français qui sélec­tionnent les patientes auxquelles ils pres­crivent un THS et adaptent le traitement en fonction des caractéristiques de chaque patiente.

Au total

Les résultats des études françaises - E3N et plus récemment l'étude MISSION - nous montrent qu'avec les THS prescrits à des femmes françaises récemment ménopau­sées, selon les modalités de sélection des gynécologues français, il ne serait pas observé de fréquence de cancers du sein plus importante que celle de la population générale du même âge. L'étude MISSION se poursuit et ses résultats à venir pourront permettre de tirer des conclusions défini­tives sur les THS utilisés en France.

 

 

 

 
 

 

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