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Ostéoporose, carence en calcium et vitamine D

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Écrit par Entretien avec le Pr Jean-Yves REGINSTER

Des études présentées lors d'un récent congrés de rhumatologie montrent qu'il existe un déficit d'apport en calcium et une carence très fréquente en vitamine D chez des femmes encore jeunes, tout juste ménopausées. Le Pr Jean-Yves Reginster tire la sonnette d'alarme !

Entretien avec le Pr Jean-Yves Reginster (Département de la Santé Publique, Epidémiologie et Economie de la Santé. Université de Liège, Belgique).  

Avenirs de femmes n°17, janvier 2008.

L'ostéoporose est fréquente chez les femmes ménopausées, mais elle est largement sous-estimée : on parle même "d'épidémie silencieuse". Elle est due à une modification de la trame osseuse liée aux changements hormonaux de la ménopause, mais les apports en calcium (Ca) et vitamine D sont également essentiels : le calcium permet une bonne minéralisation de l'os, la vitamine D est nécessaire à l'assimilation du calcium. Or des études récentes ont mis en évidence une carence importante en Ca et Vit. D, en particulier ches les françaises.   

L'apport en calcium des femmes de 50 à 60 ans est-il suffisant ?   

Une grande étude européenne, menée par notre département à l'Université de Liège, vient de confirmer l'insuffisance de cet apport : 8 532 femmes ménopausées ostéoporotiques ont été étudiées dans neuf pays européens. Les apports quotidiens en calcium ont été mesurés. Ils ne sont que de 744 mg/jour, alors que l'OMS recommande un apport de 1 300 mg/jour. Cet objectif de l'OMS est atteint chez seulement 6% des femmes. Il existe aussi de grandes disparités selon les pays : le taux le plus bas est observé en Hongrie et le plus élevé au Royaume-Uni. Mais les Françaises ont un apport trop faible : seulement 800 mg/jour en moyenne. Un résultat intéressant de cette étude est que ce faible apport est pratiquement le même, quel que soit l'âge : 778 mg/jour, en moyenne, ches les femmes âgées de moins de 70 ans, et 779 mg/jour chez les femmes âgées de moins de 60 ans. Toutes les femmes ménopausées, dès le début de la ménopause, sont concernées !  

tableaucalcium      

Quels sont les résultats de votre étude pour la vitamine D ?   

Cette étude a également mesuré le taux sanguin de vitamine D, sachant que deux normes sont actuellement admises pour définir une carence en vitamine D : moins de 80 nmol/l ou moins de 50 nmol/l. Sur l'ensemble des femmes étudiées, le taux sanguin moyen de vitamine D est égal à 61 nmol/l. Il est insuffisant chez 79,6 % d'entre elles, si l'on prend comme seuil de carence 80 nmol/l, et chez 32,1 %, si l'on se base sur un seuil de 50 nmol/l. Un résultat important : le taux moyen le plus bas est obtenu en France, avec seulement 51,5 nmol/l (le plus élevé élevé en Espagne, avec 85,2 nmol/l),  et  90,4 % des Françaises ont une insuffisance en Vit. D, si l'on se base sur la valeur seuil de 80 nmol/l ! Là encore, l'âge n'intervient pas. Il existe une carence en vitamine D chez 80,3 % ou 37,6% (selon la norme utilisée) des femmes de moins de 60 ans. Et le fait que les femmes soient ostéoporotiques ou non n'intervient que très peu, les chiffres sont pratiquement identiques. On entend souvent que la carence ne commence qu'après 65 ans. C'est faux, c'est bien avant qu'il faut s'en préoccuper ! C'est-à- dire évaluer si les apports alimentaires en calcium et vitamine D sont suffisants, et envisager une supplémentation lorsque cela est nécessaire.

L'association calcium/vitamine D fait-elle partie du traitement de l'ostéoporose ?   

L'efficacité des traitements prescrits dans l'ostéoporose est optimale si l'on assure que les apports en calcium et vitamine D sont suffisants. Tous les traitements, quels qu'ils soient, biphophonates, Serms, parathormone ou encore ranélate de strontium, ont montré leur efficacité en présence de calcium et de vitamine D. Malheureusement, les taux de coprescription de ces médicaments restent bas. D'après une étude que nous avons menée sur 1 733 femmes ménopausées, seule une sur trois recevait un tel traitement.

En pratique, quels conseils donneriez-vous pour la prise en charge de ces femmes ?  

Il ne faut pas attendre 65 ans, ni la survenue de fractures, pour prendre en charge les femmes ménopausées ! La carence en vitamine D a des conséquences importantes. Elle provoque une diminution de la formation osseuse et une hyperparathyroidie secondaire, augmentant le renouvellement osseux avec un risque de fractures accru. Les patientes présentant une insuffisance en vitamine D sont si nombreuses qu'un traitement est généralement nécessaire. Chez les femmes en début de ménopause, une supplémentation de l'ordre de 500 mg en calcium et de 200-400 UI de vitamine D par jour est tout à fait appropriée. En revanche, chez les femmes plus âgées, ou chez celles ayant une ostéoporose (densitométrie ou fracturaire), il semble que des doses plus élevées, de l'ordre de 1 000 mg/j de calcium et de 700 à 800 UI/j de vitamine D, soient nécessaires pour permettre de prévenir la survenue ou la récurrence de fractures. Chez ces femmes, certaines études, à grande échelle, ont montré que des taux plus faibles avaient moins d'intérêt.        

         

 

 

   

 

 

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