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Fuites urinaires : une faiblesse du périnée ?

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Écrit par Pr Pierre Marès (chef de Sce de gynécologie-obstétrique), Sophie Berlamont (kinésithérapeute)

Très peu de femmes en parlent, et pourtant les problèmes urinaires sont très fréquents, au moment de la ménopause mais aussi chez les femmes plus jeunes, à la suite d'un précédent accouchement. Non traités, ils risquent de s'accentuer, alors qu'une prise en charge dès les premières "fuites", grâce à des traitements et à une rééducation spécifiques, donne de bons résultats.

Tout, ou presque, repose sur le périnée dont la plupart des femmes ont entendu parler mais souvent sans savoir ce que cela représente vraiment.

Le périnée : organe de "soutien"


Il s'agit d'un ensemble de muscles et de ligaments, formant une structure qui a à peu près la forme d'un losange, situé d'avant en arrière dans la partie basse du bassin, entre le vagin et l'anus. Il constitue une sorte de "tissu de soutien" pour les organes de la cavité pelvienne (utérus, vessie, rectum). Le périnée comprend également les sphincters de la voie urinaire (l'urètre) et de l'anus, muscles circulaires chargés de contrôler l'ouverture et la fermeture de ces orifices.
On comprend bien alors que le périnée joue un rôle absolument capital pour le maintien en place des organes pelviens et pour contrôler les émissions des urines et des selles. Un "bon" périnée, tonique et puissant, permettra également une sexualité satisfaisante et facilitera l'accouchement.
À l'inverse, une faiblesse des ligaments ou une mauvaise tonicité des muscles périnéaux peut entraîner une modification de la position des organes (jusqu'à la fameuse "descente d'organes", en terme scientifique : le prolapsus) responsable d'une sensation de pesanteur, de lourdeur ou de douleurs au niveau du bas-ventre.
Lorsque le périnée se "relâche", on pourra rencontrer des troubles gynécologiques, sexuels, anaux et surtout des troubles urinaires. Ces derniers, bien que particulièrement fréquents, sont souvent inavoués, par gêne, par pudeur - et ignorés des médecins traitants - et donc rarement pris en charge de façon efficace.

Les estrogènes ont un effet favorable sur la tonicité du périnée.
Une carence en estrogènes, comme celle que l'on observe au moment de la ménopause, favorise considérablement le relâchement des muscles du périnée.


shema, perinee, fuites urinairesLe périnée :

un ensemble de muscles et de ligaments qui soutiennent les organes du petit bassin.

De simples fuites aux pertes d'urine importantes

Les troubles peuvent se manifester de plusieurs manières : par de simples fuites généralement provoquées par un effort, par des envies urgentes et la nécessité de mictions très fréquentes, ou encore par l'ensemble de ces manifestations.
Si ces problèmes ont tendance à augmenter avec l'âge, on aurait tort de penser qu'ils ne touchent que les personnes âgées qui "s'oublient". Toute femme, quel que soit son âge, peut être concernée.

Les "coupables" : l'accouchement...

D'après de récentes enquêtes menées en France et dans les pays scandinaves, entre 25 et 30 % des femmes de 35 à 45 ans, pourtant dynamiques et sportives, ont des fuites urinaires après leur accouchement. La plupart récupèrent une fonction urinaire normale en quelques mois (dans 90 % des cas), surtout s'il s'agit de femmes jeunes, qui ont un bon équilibre hormonal et pratiquent une activité physique régulière. Mais la moitié d'entre elles avait déjà ces problèmes avant la grossesse, ce qui augmente le risque de persistance et d'aggravation des fuites après l'accouchement. Dans tous les cas, ces fuites urinaires ne doivent pas être négligées car elles risquent de se renouveler avec les grossesses ultérieures et de s'accentuer avec l'âge, notamment au moment de la ménopause. Une bonne rééducation des muscles du périnée après l'accouchement permettra d'éviter ce problème.

... mais aussi la ménopause

La plupart des femmes connaissent bien les signes de la ménopause, bouffées de chaleur, sueurs nocturnes, sécheresse vaginale, et ses risques à plus long terme, ostéoporose et augmentation des maladies cardiovasculaires. Mais peu finalement mettent sur le compte de la ménopause les troubles urinaires.
Pendant la période d'activité génitale, les estrogènes fabriqués par les ovaires ont une action bénéfique à la fois sur les muqueuses génitales et sur la bonne tonicité des différentes structures du périnée. La carence hormonale de la ménopause entraînera une certaine atrophie des muqueuses qui se traduit par des symptômes très classiques (sécheresse vaginale, démangeaisons, brûlures à la miction, douleurs lors des rapports sexuels...) et un relâchement du périnée. Ainsi, 30 à 40 % des femmes ménopausées ont des pertes urinaires qu'il faut absolument traiter.


systeme urinaire, glandes, fuitesLe système urinaire
L'urine, formée par les 2 reins, s'écoule par les uretères jusqu'à la vessie où elle est stockée. Le "robinet de vidange", le sphincter vésico-urétral, reste fermé. Le besoin d'uriner ne se fait ressentir que lorsque la vessie est remplie.
L'émission d'urine est un acte conscient et contrôlé : le sphincter se relâche et s'ouvre, la vessie se contracte pour expulser l'urine qui s'écoule vers l'extérieur via l'urètre.


N'attendez-pas pour consulter


Contrairement à certaines idées trop souvent entendues, les fuites urinaires ne sont jamais normales. En l'absence de traitement, elles auront tendance à s'aggraver avec le temps. Donc, mieux vaut consulter dès leur apparition. Plus précoce sera la prise en charge, meilleur sera le résultat.
Il ne faut pas attendre que la vie de tous les jours soit perturbée. Si, au début, on s'en accommode plus ou moins bien, en évitant les situations "à risque" - moins de sport, moins d'exercice physique, moins de sorties entre amis..., tout en étant obligée d'invoquer de fausses excuses -, la vie personnelle et même professionnelle finit par être très perturbée. L'image de soi est quelquefois dévalorisée et peut modifier le comportement intime, ce qui n'est pas sans conséquence sur la vie de couple. On a alors tendance à réduire sa vie sexuelle par peur des pertes urinaires au moment des rapports. Alors n'attendez pas, il existe toujours une solution pour améliorer ou récupérer totalement un bon fonctionnement urinaire. Toutes les incontinences ne sont pas dépistées. Il faut donc oser en parler de vous-même à votre médecin généraliste ou à votre gynécologue même si cela n'est pas facile. Par un simple examen clinique, il saura mesurer l'importance et les causes de vos troubles. Si nécessaire, il pourra vous adresser à un gynécologue spécialiste de la statique pelvienne. Dans la grande majorité des cas, aucune exploration urologique particulière ne sera nécessaire au début et le traitement se limitera à une rééducation périnéale. Si vous êtes ménopausée, un traitement hormonal (le traitement hormonal substitutif, qui compense la carence hormonale de la ménopause), associé ou non à un traitement estrogénique local, peut également vous être proposé. Et, dans les formes les plus sévères, il existe des solutions chirurgicales.

Attention !

Il faut aussi agir sur certains facteurs aggravants :
• la constipation
• l'excès de poids (10 % des obèses ont des fuites urinaires)


 

En quoi consiste la rééducation périnéale ?

Une technique particulière a été élaborée pour faire travailler la sangle musculaire périnéale et renforcer le tonus des sphincters. Le but est d'acquérir des réflexes d'anticipation avant une contraction abdominale afin de fermer le vagin dès le lever ou lors de toutes les activités qui favorisent les fuites urinaires. Les exercices sont d'abord guidés par des médecins, des kinésithérapeutes ou des spécialistes en statique pelvienne; il faut ensuite les effectuer tous les jours comme on travaille ses abdominaux, ses adducteurs ou ses fessiers... Il faut toutefois avoir conscience de ses muscles périnéaux pour les faire travailler. C'est la première étape, peut-être la plus importante, de la rééducation. Certaines femmes en prennent conscience rapidement grâce au contrôle manuel des contractions par le toucher au doigt des différentes parties de la fente uro-génitale. D'autres ont besoin d'un apprentissage plus prolongé ou de l'aide de certaines techniques comme le bio-feedback périnéal, les électrostimulations endovaginales ou endorectales. Il existe, en France, une quinzaine de centres spécialisés dans la statique pelvienne, comme le centre nîmois animé par le Gresp (Groupe de Recherche et d'Etude sur la Statique Pelvienne) et fondé par les Prs Marès et Costa. Son équipe pluridisciplinaire associe plusieurs spécialités : gynécologie, urologie, gastro-entérologie, neurophysiologie, rééducation fonctionnelle, kinésithérapie, sexologie, acupuncture, psychologie. Son but : traiter l'ensemble des affections du périnée et du petit bassin de la femme.

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